(Watford) Entre des dissensions exposées au grand jour et un Trump vexé par un Trudeau «hypocrite», le 70e anniversaire de l’OTAN mercredi a ressemblé à un rendez-vous manqué malgré la volonté de cohésion de ses membres face aux défis émergeant trois décennies après la fin de la Guerre froide.

Jérôme RIVET
Agence France-Presse

Défis posés par le terrorisme, la Chine et la Russie, intervention turque en Syrie lancée sans concertation avec les alliés, insistance américaine à faire payer davantage les autres alliés: les sujets difficiles ne manquaient pas pour la réunion organisée sur un golf de luxe à Watford, dans la banlieue de Londres.

Au final, c’est une vidéo dans laquelle le premier ministre canadien Justin Trudeau semble se moquer avec Emmanuel Macron de Donald Trump lors de la réception donnée mardi soir à Buckingham Palace qui a déclenché l’ire américaine.

L’«hypocrite» Trudeau

«Il est hypocrite», a lâché le milliardaire républicain, qui avait déjà eu des échanges difficiles avec M. Trudeau après le G7 de 2018.  

Contrarié, il a annulé sa conférence de presse finale, mais il a tenté de faire bonne figure. Il s’est ainsi dit très content de sa saillie. «C’était drôle quand j’ai dit que ce type était hypocrite», a-t-il lancé. Et il a lâché une pique contre Emmanuel Macron dont le jugement sur l’OTAN en état de «mort cérébrale» a fâché tout le monde à l’OTAN.

Le président Macron «s’est beaucoup rétracté au cours de notre tête à tête» mardi à Londres, a-t-il assuré à l’issue de son entretien avec l’Italien Giuseppe Conte.

Donald Trump avait ouvert les hostilités dès sa première intervention mardi en qualifiant de «très insultants» les propos d’Emmanuel Macron.

Arrivant à Watford mardi matin, le président français a répété les «assumer totalement». «Ils ont permis de soulever un débat qui était indispensable», a-t-il insisté.

L’Organisation née en 1949 se trouve confrontée à des défis considérables 30 ans après la chute du mur de Berlin.

AP

Donald Trump passe devant Emmanuel Macron et Angela Merkel pour la «photo de famille», mercredi.

Dans sa déclaration finale adoptée mercredi, l’Alliance reconnaît pour la première fois «l’influence croissante et les politiques internationales de la Chine comme des opportunités et des défis, auxquels nous devons répondre ensemble en tant qu’Alliance».

Elle dénonce par ailleurs les actions agressives de la Russie et avertit qu’elle restera «une alliance nucléaire aussi longtemps qu’il y aura des armes nucléaires».

Angela Merkel a jugé la réunion «très constructive» malgré les dissensions : «Nous avons convenu aujourd’hui que le terrorisme est le principal ennemi».

Affrontement sur le terrorisme

Le sujet a été un des points durs du sommet. Sa définition a opposé durement Emmanuel Macron et le président turc Recep Tayyip Erdogan qui demandait à l’Alliance de considérer comme des terroristes les combattants kurdes alliés à la coalition internationale constituée pour combattre le groupe État islamique en Syrie.

Emmanuel Macron a affirmé ne «pas voir de consensus possible » avec la Turquie sur la définition du terrorisme.

«Il est clair que nous ne sommes pas d’accord pour classer comme groupe terroriste les forces des Unités de protection du peuple (YPG). Nous combattons le PKK et tous ceux qui mènent des activités terroristes contre la Turquie, mais nous ne faisons pas ce raccourci ou cette agrégation que la Turquie souhaite entre ces différents groupes politiques et ou militaires. Il y a un désaccord et il n’est pas levé», a expliqué le président français au cours de sa conférence de presse.

Mais les deux dirigeants ont approuvé la déclaration finale. Le texte condamne le terrorisme «sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations » et le considère comme « une menace persistante pour nous tous», a expliqué le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg.

AFP

Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan.

Le président Erdogan a également levé son opposition à l’adoption des nouveaux plans de défense pour les États Baltes et la Pologne.

Jens Stoltenberg a reconnu que des désaccords se sont exprimés au cours du sommet. «Cela serait très étrange autrement», a-t-il souligné.

«Mais nous avons toujours réussi à les surmonter et à nous unir autour de notre objectif clé qui est de nous défendre les uns les autres», a-t-il assuré.

«Les désaccords attireront toujours plus l’attention que lorsque nous sommes d’accord», a-t-il conclu.

Jens Stoltenberg s’est vu confier une mission de réflexion sur les missions de l’OTAN à l’issue de la réunion et il devra rendre son rapport pour le prochain sommet en 2021. Une petite victoire contre les Français qui préconisaient de confier cette réflexion à «un groupe de personnalités politiques indépendantes».