Boris Johnson a tenté de charmer les Britanniques devenus allergiques aux débats sur le Brexit, mardi soir, en promettant de mettre le point final au psychodrame et en accusant son adversaire le plus sérieux d’entretenir le flou dans ce domaine.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Le premier ministre et le chef travailliste Jeremy Corbyn s’affrontaient dans le premier face-à-face télévisé d’une campagne électorale qui s’est déroulée jusqu’à maintenant sans grande surprise.

Le scrutin aura lieu le 12 décembre. M. Johnson jouit d’une avance confortable dans les sondages et ce débat ne devrait pas changer le cours de la campagne : un sondage fait dans les minutes qui ont suivi la fin des échanges montre que les auditeurs ont déclaré un match nul.

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Le premier ministre du Royaume-Uni Boris Johnson et le chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn

Au cours du débat, Boris Johnson a demandé aux Britanniques de lui accorder une majorité parlementaire qui scellera la séparation d’ici la fin de janvier. « Vous ne pourrez pas faire ça en quelques semaines, et vous le savez », a répliqué Jeremy Corbyn, qui s’engage à organiser un nouveau référendum sur le Brexit, quatre ans après celui de juin 2016. Il négocierait d’abord un nouvel accord de sortie avec les 27 autres pays européens.

Mais mardi soir, Boris Johnson a souligné à répétition que Jeremy Corbyn refusait de divulguer la position qu’il adopterait dans l’hypothétique campagne référendaire promise.

« On ne sait pas de quel côté il militerait dans le référendum qu’il propose », a asséné le premier ministre, profitant de chaque section thématique — même si certaines d’entre elles n’avaient rien à voir avec le Brexit — pour enfoncer ce clou.

Même une question sur son intégrité personnelle, mise en doute par l’attribution d’importants financements à une amie proche à l’époque où il était maire de Londres, a simplement été ignorée par M. Johnson, qui a préféré attaquer son adversaire.

Santé

Les deux chefs politiques se sont aussi affrontés au sujet du système de santé public britannique — une fierté nationale qui souffre d’un manque de ressources — et des inégalités sociales.

« Trop de familles n’ont pas une maison digne de ce nom et tirent le diable par la queue alors que les riches profitent de baisses d’impôt », a déploré Jeremy Corbyn en ouverture du débat, adoptant le discours social qui constitue le pain et le beurre de sa formation politique. Il a d’ailleurs attaqué M. Johnson, l’accusant de vouloir ouvrir des brèches pour que le secteur privé investisse le système de santé.

Le principal intéressé a tout nié. Mais pour avoir des hôpitaux dignes de ce nom, il faut de l’argent, a fait valoir Boris Johnson. « Et qu’est-ce qui pourrait être plus dommageable pour le financement du système de santé public qu’un plan complètement cinglé pour une semaine de travail de quatre jours ? », a-t-il lancé à son adversaire, moins à l’aise que lui devant les caméras.

« Nous voulons effectivement réduire le temps de travail en utilisant des gains de productivité », a répondu le travailliste, alors que des rires s’élevaient en studio. « On a démontré que c’était mieux pour la santé des travailleurs », a-t-il répondu à l’endroit d’un membre du public particulièrement bruyant.

La monarchie sous les projecteurs

Ces derniers jours, la campagne électorale britannique a été occultée à la une des journaux britanniques par le prince Andrew, troisième enfant d’Élisabeth II, qui a frayé avec le prédateur sexuel Jeffrey Epstein au début des années 2000.

Virginia Roberts, une victime d’Epstein, assure avoir été obligée d’avoir une relation sexuelle avec l’aristocrate alors qu’elle était mineure. Une photo équivoque les montre tous les deux.

La BBC a diffusé samedi soir une entrevue avec le prince portant exclusivement sur ce sujet et que beaucoup ont qualifiée de calamiteuse. Le quinquagénaire y est apparu suffisant, fuyant et malhabile : « un crash routier », a même titré un quotidien.

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Le prince Andrew

Le prince a nié en bloc les allégations de la victime d’Epstein, affirmant qu’il avait continué à passer des nuits dans les résidences de l’Américain après sa condamnation criminelle parce que « c’était plus pratique comme ça ». La soirée fatidique nommée par Virginia Roberts, le prince était à une « fête d’enfants dans un Pizza Express », une chaîne de restaurants populaires, a-t-il plaidé.

Mardi soir, l’animatrice du débat a osé une question sur la monarchie — sujet sacré, s’il en est, au Royaume-Uni : « Est-elle encore pertinente ? »

« Elle mériterait un peu d’amélioration », a répondu le leader travailliste, réputé avoir peu d’attachement à la royauté, malgré son titre de « chef de la très loyale opposition de Sa Majesté ».

« L’institution de la monarchie est sans reproche », a quant à lui affirmé le premier ministre, dans une attaque indirecte contre Andrew.