(Londres) L’ex-chef du parti républicain irlandais Sinn Fein, Gerry Adams, a contesté mardi devant la Cour suprême britannique deux condamnations pour tentatives d’évasion lors des «Troubles» en Irlande du Nord, plus de quarante ans après les faits.

Joe STENSON
Agence France-Presse

La Cour rendra son jugement à une date ultérieure non précisée.

Condamné en 1975 pour deux évasions ratées au début de cette période sanglante de l’histoire nord-irlandaise, Gerry Adams n’avait à l’époque pas fait appel. Mais il s’est lancé dans la procédure en se basant sur des éléments nouveaux contenus dans des documents gouvernementaux récemment déclassifiés, ce qui lui a permis d’obtenir un délai supplémentaire pour formuler sa plainte.

Au début des années 1970, des violences avaient déchiré la province britannique,  opposant républicains majoritairement catholiques et partisans de la réunification de l’Irlande, aux loyalistes unionistes, surtout protestants, défenseurs du maintien dans la Couronne britannique, avec intervention de l’armée britannique.

Deux tentatives

Gerry Adams avait à l’époque été emprisonné sans autre forme de procès, comme le permettaient alors les mesures spéciales prises par le gouvernement britannique pour réprimer la révolte naissante. Il avait essayé de s’échapper de la prison de haute sécurité de Maze, près de Belfast, où étaient enfermés les paramilitaires républicains. Ses deux tentatives, en décembre 1973 et juillet 1974, s’étaient soldées par un échec.

Selon la Cour suprême, tout l’enjeu de la requête de Gerry Adams, désormais âgé de 71 ans, sera de savoir si l’ordonnance ayant conduit à son emprisonnement est «irrecevable du fait qu’elle avait été émise par le secrétaire d’État (chargé de l’Irlande du Nord) et non par le ministre en personne».

La Cour d’appel d’Irlande du Nord avait rejeté le recours de M. Adams en janvier 2018, les juges ayant estimé que l’ordonnance de détention était valable car le secrétaire d’État avait agi au nom de son supérieur.

Selon l’avocat Sean Doran, qui représente Gerry Adams, cette décision est «illégale». Les tribunaux britanniques et le gouvernement ont par la suite estimé que les subordonnés n’ont «aucun rôle» à jouer dans les décisions sur la détention.

2000 emprisonnements

Après sa libération, Gerry Adams avait pris en 1983 la tête du Sinn Fein, la branche politique de l’Armée Républicaine Irlandaise (IRA), considérée, elle, comme une organisation terroriste.

Accusé d’appartenir à l’IRA puis relaxé faute de preuves, il a toujours nié, malgré des affirmations contradictoires de membres de l’organisation.

Elu au Parlement britannique, il n’y a jamais siégé, refusant comme tous les députés de son parti de jurer fidélité au chef de l’État britannique, la reine Élisabeth II. Il a démissionné de son rôle de dirigeant du Sinn Fein en février 2018 mais est toujours considéré comme une figure majeure de la lutte pour la réunification de l’Irlande.

Entre 1971 et 1975, près de 2000 personnes, majoritairement des républicains, ont été emprisonnées sans procès, selon l’Université d’Ulster. Cette politique, considérée par certains comme une violation des libertés civiles, est souvent accusée d’avoir alimenté les effusions de sang et renforcé le soutien à l’IRA.

Les «Troubles», qui ont duré 30 ans et fait près de 3500 morts, ont pris fin avec les accords de paix du Vendredi saint (Good Friday Agreement) en 1998.