À en croire les sondages, le premier ministre britannique Boris Johnson pourrait fort bien remporter son pari électoral et obtenir une majorité parlementaire aux élections législatives du 12 décembre. Il aurait cependant encore beaucoup à faire pour « concrétiser le Brexit ».

Marc Thibodeau Marc Thibodeau
La Presse

Une victoire convaincante du camp conservateur permettrait sans doute au politicien de faire adopter l’accord de divorce conclu avec l’Union européenne avant la date butoir du 31 janvier, mais ne marquerait en rien la fin de l’histoire, prévient Anand Menon.

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Anand Menon, professeur du King’s College de Londres

Ce professeur du King’s College de Londres, qui donnait lundi une conférence sur le Brexit à l’invitation du Centre d’études et de recherches internationales de Montréal (CERIUM), note que le gouvernement britannique devrait ensuite entamer une nouvelle phase de négociations pour redéfinir la nature des relations commerciales du pays avec le reste du Vieux Continent.

L’accord de divorce, note M. Menon, ne règle pas cette question, qui doit être résolue dans une « période de transition » s’étalant jusqu’au 1er janvier 2021, le Royaume-Uni conservant entre-temps son droit d’accès au marché unique.

La période peut, en théorie, être prolongée de deux ans, mais rien ne garantit que les deux camps voudront faire durer l’exercice, qui risque fort d’être acrimonieux.

Beaucoup de pays européens se montreront rétifs à permettre au Royaume-Uni d’obtenir un traité prévoyant un accès trop généreux à leur territoire.

Ils ne veulent pas voir apparaître sur leur flanc nord une entité hideuse, déréglementée, qui mine les normes et les lois de l’Union européenne (UE) tout en ayant un accès libre à ses marchés.

Anand Menon, professeur du King’s College de Londres

Les négociations seront d’autant plus compliquées qu’il soit rare qu’un traité commercial est conclu à la baisse, en partant d’une base commune pour « rendre les échanges encore plus difficiles », indique l’analyste. Selon lui, seul un accord a minima pourra être adopté si l’échéance du 1er janvier 2021 est retenue.

Il est aussi possible, note M. Menon, qu’aucun traité ne se concrétise et que les échanges commerciaux se fassent à l’avenir sur la base des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), avec une foule de restrictions et de contrôles.

Bien que l’idée que les élections permettent enfin de « concrétiser » le Brexit soit trompeuse, l’analyste britannique pense que Boris Johnson a bien manœuvré politiquement au cours des derniers mois pour se présenter comme le seul candidat susceptible de remplir la mission.

Position ambiguë des travaillistes

Le politicien conservateur ne manque pas de mettre en relief, en campagne, la position fuyante de son principal adversaire, Jeremy Corbyn, qui promet, en cas de victoire électorale, de renégocier l’accord de divorce avec l’Union européenne et de soumettre le tout à un nouveau référendum.

Le chef du Parti travailliste entretient l’ambiguïté sur le Brexit parce qu’il ne veut pas diviser son propre camp, « mais beaucoup de gens pensent qu’il est favorable » à la sortie de l’Union européenne, relève Anand Menon.

La formation travailliste, souligne l’analyste, a réussi au cours de la dernière semaine à déplacer le débat sur des questions sociales et à enregistrer des gains, notamment par l’annonce d’un programme de nationalisation devant permettre à toute la population d’accéder à une connexion haute vitesse.

Quoi qu’il en soit, les plus récents sondages indiquent que le Parti conservateur détient une avance d’une quinzaine de points de pourcentage sur les travaillistes, qui doublent le score des libéraux démocrates.

Les plus petits partis vivotent sous la barre des cinq points de pourcentage, y compris le Parti du Brexit de Nigel Farage, qui préconise une sortie de l’UE sans accord.

Ces formations sont reléguées à la marge dans le contexte actuel, relève M. Menon, qui se garde de prédire si Boris Johnson et son parti sortiront de l’élection avec la majorité qu’ils convoitent.

Les rebondissements politiques des dernières années en Grande-Bretagne ont clairement démontré qu’il est périlleux de prédire l’avenir, même à quelques semaines de distance, dit-il.