(Venise) Venise, dévastée par les inondations depuis une semaine, a de nouveau subi une marée haute dimanche, mais de moindre ampleur, et des alertes ont également été émises pour les villes de Florence et Pise, en raison des pluies incessantes qui s’abattent sur l’Italie.

Sonia LOGRE
Agence France-Presse

L’« acqua alta », ou marée haute, s’est élevée à 1,50 m dimanche, loin derrière le pic de 1,87 m de mardi qui a frappé la « Sérénissime », inondée depuis, et dont les images ont fait le tour du monde.

« L’eau a cessé de monter », a tweeté le maire de Venise Luigi Brugnaro. « Pic de 150 cm… Les Vénitiens ne sont à genoux que lorsqu’ils prient. Venise va repartir », a-t-il également écrit.

PHOTO LUCA BRUNO, ASSOCIATED PRESS

Les prévisions météorologiques prévoient des marées n’excédant pas 110 cm pour les jours à venir, ce qui devrait permettre à la cité lacustre d’évaluer les dégâts, d’ores et déjà estimés par le maire à plus d’un milliard d’euros.

L’emblématique place Saint-Marc a d’ailleurs été rouverte en fin de journée dimanche.

PHOTO ALBERTO LINGRIA, REUTERS

Pise et Florence en alerte

Plus au sud, en Toscane, ce sont deux autres joyaux italiens, Florence et Pise, qui ont été placées en état d’alerte en raison de la menace des eaux. Le président de la région Toscane, Enrico Rossi a tweeté un avertissement sur le risque de débordement du fleuve Arno et indiqué que des pontons avaient été installés sur les rives à Pise « par mesure de précaution ».

L’armée italienne a tweeté des photos de militaires consolidant les berges de l’Arno, qui traverse également Florence, et dont les eaux ont dangereusement monté dans la nuit de samedi à dimanche. La protection civile italienne a conseillé aux habitants de ne pas s’approcher des berges du fleuve.

PHOTO CLAUDIO GIOVANNINI, ANSA VIA AP

La ville musée avait été dévastée en 1966 par des inondations meurtrières, qui avaient fait une centaine de morts et détruit des chefs-d’œuvre inestimables de la Renaissance.  

Les pompiers de leur côté ont tweeté une vidéo d’un de leurs bateaux allant à la rescousse de personnes bloquées par les eaux dans la province de Grossetano, dans le sud de la Toscane.

Évaluation des dégâts à Venise

Depuis mardi à Venise, plus de 50 églises ont été endommagées, dont la Basilique Saint-Marc, des boutiques et des demeures inondées. Des hôtels commencent en outre à déplorer des annulations pour les fêtes de fin d’année.

PHOTO MANUEL SILVESTRI, REUTERS

Venise, qui compte 50 000 habitants, reçoit 36 millions de touristes par an, dont 90 % d’étrangers.

Le maire de Venise a annoncé vendredi l’ouverture d’un compte bancaire pour tous ceux qui, en Italie et à l’étranger, souhaitent contribuer aux réparations. « Venise, endroit unique, est l’héritage de tout le monde. Grâce à votre aide, Venise brillera de nouveau », a-t-il écrit dans un communiqué.

Les habitants dont les logements ont été endommagés peuvent demander une aide gouvernementale immédiate de 5000 euros, et les commerçants peuvent recevoir jusqu’à 20 000 euros.

Jeudi soir, le gouvernement du premier ministre Giuseppe Conte avait approuvé l’instauration de l’état d’urgence à Venise et annoncé le déblocage de 20 millions d’euros « pour les interventions les plus urgentes ».

Venise, bâtie sur 118 îles et îlots en majorité artificiels et sur pilotis, est menacée d’engloutissement. Elle s’est enfoncée de 30 centimètres dans la mer Adriatique en un siècle.

Pour le ministre de l’Environnement Sergio Costa, la fragilité de Venise s’est accrue en raison de la « tropicalisation » de la météo, avec d’intenses précipitations et de fortes rafales, liée au réchauffement climatique.  

Les écologistes montrent aussi du doigt l’expansion du grand port industriel de Marghera, situé en face de Venise, et le défilé des bateaux de croisière géants.

De nombreux responsables, dont le maire, ont appelé à mettre en service « au plus vite » le projet de digues MOSE (Moïse en italien, acronyme de Module expérimental électromécanique).

Lancé en 2003 et retardé par des malfaçons et des enquêtes pour corruption, MOSE s’appuie sur 78  digues flottantes qui se relèvent et barrent l’accès à la lagune en cas de montée des eaux de l’Adriatique, jusqu’à trois mètres de hauteur. De récents tests ont permis d’identifier des vibrations et de la rouille mais, selon M. Conte, il est « prêt à 93 % » et sera « achevé au printemps 2021 ».