Le premier ministre britannique Boris Johnson a fait part dimanche «d'énormes progrès» vers un accord sur le Brexit entre l'UE et le Royaume-Uni, qu'il a comparé au super-héros Hulk, capable de se libérer de ses entraves, avant une rencontre avec des hauts responsables européens lundi. 

Martine PAUWELS
Agence France-Presse

«Quand j'ai obtenu cette fonction, tout le monde disait qu'absolument aucune modification de l'accord de retrait n'était possible», constate le dirigeant conservateur dans une interview au tabloïd Mail on Sunday

Les dirigeants de l'UE «sont déjà revenus là-dessus et, comme vous le savez, une très, très bonne conversation se tient sur la manière de traiter les problèmes de la frontière nord-irlandaise. Des progrès énormes sont en cours», affirme-t-il, sans fournir toutefois le moindre détail. 

L'UE attend «toujours des propositions concrètes», a réaffirmé dimanche un responsable européen proche des négociations.

Jusqu'à présent, les deux parties ont achoppé sur la manière d'éviter le rétablissement d'une frontière physique entre l'Irlande, membre de l'UE, et la province britannique d'Irlande du Nord après le Brexit.

Londres rejette la solution dite du «filet de sécurité» (ou «backstop»), incontournable aux yeux de Bruxelles faute d'alternative crédible. Elle prévoit que le Royaume-Uni tout entier reste dans un «territoire douanier unique» avec l'UE si une meilleure solution n'est pas trouvée à l'issue d'une période transitoire.  

Vendredi, le premier ministre irlandais Leo Varadkar a pourtant affirmé que «le fossé (était) très grand». La veille, le négociateur de l'UE pour le Brexit, Michel Barnier, avait déclaré n'avoir «pas de raisons d'être optimiste» sur les chances de parvenir à une solution d'ici au Conseil européen des 17 et 18 octobre à Bruxelles, considéré comme le sommet de la dernière chance avant le Brexit prévu le 31 octobre.

Hulk «s'échappe toujours»

«Il va y avoir beaucoup de travail d'ici le 17 octobre. Mais je vais aller à ce sommet et je vais obtenir un accord, j'ai vraiment bon espoir. Et si nous n'obtenons pas d'accord, eh bien nous sortirons le 31 octobre», soutient M. Johnson.

Il a catégoriquement exclu de réclamer à Bruxelles un report de trois mois du Brexit, comme l'y oblige une loi votée début septembre par le Parlement britannique afin d'éviter un «no deal» susceptible d'entraîner troubles et pénuries.

Musclant le ton, «BoJo» a comparé le Royaume-Uni au super-héros Hulk: «Plus Hulk se met en colère, plus Hulk devient fort et il s'échappe toujours, même s'il avait l'air bien ligoté, et c'est le cas de ce pays».

Une comparaison taclée comme «puérile» par le libéral Guy Verhofstadt, référent sur le Brexit au Parlement européen. «L'UE est-elle censée avoir peur?», a-t-il tweeté. 

Boris Johnson doit rencontrer lundi au Luxembourg le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le négociateur Michel Barnier.

«Nous pouvons voir un point de chute en ce qui concerne un futur accord, mais il reste beaucoup de travail à faire. Ainsi, les discussions de demain constitueront une étape importante», a commenté le ministre du Brexit, Stephen Barclay, sur Sky News, tout en rappelant la ligne rouge de Londres: pas de «backstop».

Annuler le Brexit

Selon l'ex-premier ministre David Cameron (2010-2016), Boris Johnson n'a pas toujours été un «Brexiteer» convaincu. Dans des extraits de ses mémoires publiés dimanche dans le Sunday Times, il l'accuse de défendre le Brexit uniquement par carriérisme.

Dans son ouvrage For the Record (Pour mémoire), M. Cameron révèle notamment que Boris Johnson était favorable à la tenue d'un second référendum pour entériner les termes du Brexit, option qu'il rejette désormais catégoriquement. 

Après une série de désaveux cuisants sur sa stratégie de Brexit au Parlement, où il a perdu sa majorité avant sa suspension pour cinq semaines, Boris Johnson a essuyé samedi un nouveau revers avec la défection d'un autre député de son parti, Sam Gyimah, pour le Parti libéral-démocrate. 

Cette formation d'opposition s'est engagée dimanche, lors de son congrès annuel, à annuler le Brexit si elle remporte des élections législatives, sans repasser par la case référendum comme elle le prônait auparavant.

Mardi, la Cour suprême britannique examinera la légalité de la suspension du Parlement décidée par Boris Johnson jusqu'au 14 octobre, perçue par ses opposants comme une manoeuvre pour mettre en oeuvre le Brexit à tout prix, ce que dément le dirigeant.