(Biarritz) Tel Superman sous l’apparence policée de Clark Kent, Donald Trump a présenté lors du sommet du G7 son visage le plus calme. Mais le président disruptif que le monde s’attendait à voir n’a pas manqué de se manifester à plusieurs reprises.

Sebastian SMITH
Agence France-Presse

Avant le sommet de Biarritz, dans le sud-ouest de la France, chancelleries et médias se demandaient de quelle manière le dirigeant américain allait faire exploser l’événement.

Car c’est ce qu’il avait fait l’année dernière au Canada lors de l’édition précédente du G7, où il avait retiré avec fracas sa signature du communiqué final et s’était lancé dans une furieuse polémique sur le commerce avec l’hôte du sommet, le premier ministre Justin Trudeau.

Cette fois, Donald Trump a pris tout le monde à contre-pied.

Une pause

À Biarritz, le président des États-Unis a mis de côté ses menaces de guerre commerciale avec ses alliés occidentaux du G7. Et il a annoncé à la surprise générale une pause dans sa stratégie de pression sur l’Iran, acceptant même le principe d’une rencontre avec son homologue iranien Hassan Rohani « si les circonstances sont convenables ».

Donald Trump a aussi fait un effort visible pour ne pas être le personnage isolé et d’humeur sombre qu’il avait été lors d’événements internationaux similaires à celui de Biarritz.

Il s’est montré radieux lors de toutes les séances photo sur la côte basque, admirant l’architecture et louant l’organisation. « Personne n’avait envie de partir », a-t-il dit.

« Un leader formidable »

Alors une dispute avec l’hôte de la réunion, comme au Canada ? Loin de là. M. Trump n’a pas cessé de faire l’éloge d’Emmanuel Macron. « Vous avez été un leader formidable », a-t-il lancé au président français lors de leur conférence de presse conjointe à la fin du sommet.

C’est un déjeuner impromptu - arme secrète de la diplomatie française - qui semble avoir amené l’ancien magnat new-yorkais de l’immobilier à montrer le versant le plus avenant de sa personnalité. « C’était juste nous deux : pas de collaborateurs, rien », a commenté ensuite Donald Trump, soulignant avoir apprécié ce tête-à-tête non programmé.

Lundi, MM. Trump et Macron se sont dit au revoir avec une chaleureuse poignée de main suivie par une accolade, puis les deux hommes se sont longuement tenu les mains, avant une nouvelle accolade.

Mais alors…

Alors où était le Donald Trump tonitruant, celui qui aime choquer, troubler, désorienter le monde ? Pas bien loin.

Certes, la tentative risquée de M. Macron de rapprocher M. Trump de l’Iran a été accueillie par l’intéressé avec un calme teinté d’approbation. Mais le président américain s’est montré imprévisible comme à son habitude sur presque tous les autres sujets.

Lundi matin, M. Trump a fait une annonce a priori retentissante lorsqu’il a annoncé que la Chine avait dit à son équipe, lors d’appels téléphoniques, qu’elle souhaitait revenir à la table des négociations sur le commerce bilatéral.

Toutefois, la question s’est ensuite posée de savoir quel responsable chinois avait fait ces appels. M. Trump a alors lâché que l’essentiel de son optimisme lui venait d’un bulletin d’information où le vice-premier ministre Liu He avait appelé au calme.

La confusion avait aussi régné la veille lorsque M. Trump avait déclaré avoir des regrets sur l’escalade incessante dans sa guerre commerciale contre la Chine. Peu après, sa porte-parole assurait qu’il n’avait pas de regrets - à part celui de « ne pas avoir relevé encore plus les droits de douane ».

« Le monde des missiles »

M. Trump a aussi minimisé, comme d’habitude, l’importance des essais répétés de missiles qu’effectue dernièrement la Corée du Nord, des lancements qui inquiètent la Corée du Sud et le Japon, des alliés des États-Unis.

« Ça ne me fait pas plaisir, mais, je le répète, il n’est pas en violation de l’accord », a déclaré M. Trump. Il se référait au dirigeant nord-coréen Kim Jong-un, qui selon les médias locaux a supervisé en personne plusieurs de ces essais, dont samedi celui d’un « lance-missiles multiple de grande dimension ».

M. Trump parlait lors d’une réunion où il était assis à côté du premier ministre japonais Shinzo Abe, qui l’a contredit. « Le lancement viole clairement les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité », a remarqué M. Abe.

La réponse de Donald Trump n’a pas tardé : « On est dans le monde des missiles, les gars, que ça vous plaise ou non ».

« FAKE NEWS ! »

Par ailleurs, M. Trump a démenti une information « ridicule » du site américain Axios selon laquelle il aurait plusieurs fois suggéré l’emploi de bombes nucléaires pour neutraliser les ouragans. « Juste une FAKE NEWS de plus ! », a-t-il tweeté.

Mais lorsqu’il a traité comme également fictive la menace du réchauffement climatique, il s’est de nouveau isolé de ses partenaires du G7.

M. Trump a d’ailleurs manqué la séance de travail sur le climat. Sa porte-parole a dit qu’il était trop occupé pour y aller.

Inviter Poutine ? « Certainement »

Et le président des États-Unis s’est encore démarqué de ses pairs en annonçant qu’il pourrait très bien inviter Vladimir Poutine lorsqu’il sera l’hôte du prochain G7 en 2020.

Le président russe a été exclu du groupe en 2014 après le rattachement de la Crimée à la Russie. Mais pour M. Trump, sa venue ne serait pas un problème. « Je pourrais certainement l’inviter », a-t-il dit.