(Paris) Des hommes en combinaison blanche aux allures d’astronautes pulvérisent un liquide bleuâtre sur le bitume que des pelleteuses arrachent ensuite : dans cette cour d’école parisienne polluée au plomb après l’incendie de Notre-Dame, la scène semble sortie d’un film d’anticipation.

Ornella LAMBERTI
Agence France-Presse

Des concentrations élevées de plomb, supérieures à 7000 µg/m², y ont été relevées et ont justifié « une intervention spécifique », reconnaît la mairie de Paris qui avait fermé le 25 juillet ce groupe scolaire de la rue Saint-Benoît, accueillant 180 enfants en centre de loisirs.

Il fait partie des quatre établissements dans lesquels ont été mesurés des taux particulièrement élevés de concentration de plomb, sur 12 écoles analysées dans un périmètre autour de la cathédrale ravagée par un incendie le 15 avril.

Accusée par des riverains, des associations et des syndicats d’avoir tardé à réagir et manqué de transparence, la Ville met les bouchées doubles pour dépolluer les établissements. Le chantier de la rue Saint-Benoît, mené « en urgence totale par la Ville, en deux jours », va coûter 200 000 euros, a expliqué à la presse sur le chantier Bérénice Delpal, directrice des Affaires scolaires à la mairie.

À la suite du sinistre, la Ville de Paris a procédé, comme recommandé par l’Agence régionale de santé de la région parisienne, « à une série de mesures dans les écoles publiques susceptibles d’être concernées par une contamination au plomb, présent dans les poussières retombées dans l’enceinte des établissements », se défend la mairie dans une lettre à destination des parents.  

« L’enjeu, c’est d’être prêts pour la rentrée scolaire », explique Bérénice Delpal.

Protocole drastique

Les écoles polluées seront nettoyées grâce à différentes techniques, avec un débitumage après l’application d’un surfactant, produit permettant de « figer » le plomb, comme à Saint-Benoît. Ou avec du gel désincrustant qui sera utilisé pour le parvis de Notre-Dame.  

« Au vu des seuils, on est obligé » de suivre un protocole drastique pour éviter toute contamination, explique Michaël Prestavoine, responsable des opérations de dépollution à Saint-Benoît. Il confie avoir déjà mené « deux autres chantiers privés » après l’incendie, invoquant une clause de confidentialité l’empêchant d’en dire plus.  

Pendant le sinistre, plusieurs centaines de tonnes de plomb contenues dans la charpente de la flèche et la toiture ont fondu et une partie de ce métal toxique s’est disséminée sous forme de particules.

Pénétrant dans l’organisme par inhalation ou par ingestion, le plomb se diffuse ensuite pour atteindre le cerveau, le foie, les reins et les os. Une exposition aiguë ou chronique à des niveaux élevés entraîne des troubles digestifs, rénaux, des lésions du système nerveux ou des anomalies de la reproduction.

Les enfants, au système nerveux en plein développement, sont très vulnérables à cette intoxication, appelée « saturnisme ».  Et leur tendance à porter des objets à la bouche les expose davantage.  

Sur 164 enfants testés dans les arrondissements parisiens touchés par cette pollution au plomb consécutive à l’incendie, deux dépassent le seuil du saturnisme (50 microgrammes de plomb par litre de sang). L’origine de la contamination de l’un de ces deux enfants est sans rapport avec l’incendie et celle de l’autre enfant, scolarisé dans une école polluée, n’est pas encore établie. Seize enfants se situent à l’intérieur du seuil de vigilance (entre 25 et 50 µg/l).

La région Île-de-France a affirmé mercredi que trois lycées étaient pollués et allaient faire l’objet d’opérations de nettoyage ce mois-ci.  

Plusieurs riverains dénoncent un manque d’information et une réaction tardive. L’association de défense de l’environnement Robin des Bois a porté plainte contre X le 26 juillet pour « carences fautives dans la mise en œuvre des mesures de police générale (notamment la protection et l’information des populations et des travailleurs) ayant pour conséquence la mise en danger délibérée d’autrui et la non-assistance à personne en danger ».  

Des syndicats ainsi que des associations, récemment constitués en collectif, ont demandé le « confinement total du site » de la cathédrale afin de stopper la « dissémination » aérienne du plomb.  Ils s’inquiètent particulièrement de la vulnérabilité des personnes étant intervenues à l’intérieur de la cathédrale ou travaillant aux alentours.