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Photos d'exactions de l'EI: Marine Le Pen renvoyée devant la justice

Marine Le Pen... (PHOTO AFP)

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Marine Le Pen

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ANNE LEC'HVIEN, CÉLINE AGNIEL
Agence France-Presse
Nanterre

Le cheffe de l'extrême droite française Marine Le Pen va devoir s'expliquer devant la justice pour des tweets datant de 2015 : elle a été renvoyée devant le tribunal correctionnel pour avoir diffusé des photos d'exactions du groupe djihadiste État islamique (EI).

Ces soucis judiciaires s'ajoutent à l'inculpation dont Mme Le Pen fait déjà l'objet dans l'affaire des emplois présumés fictifs d'assistants parlementaires européens, pour «détournements de fonds publics», aux côtés de plusieurs autres responsables politiques. Elle n'a cependant pas été renvoyée devant la justice dans ce dossier jusqu'à présent.

En ce qui concerne les photos d'exactions de l'EI, une juge d'instruction française a signé une ordonnance de renvoi fin mai pour trois tweets, publiés en décembre 2015, quelques semaines à peine après les attentats meurtriers revendiqués par ce groupe djihadiste à Paris et en banlieue.  

La date du procès pour «diffusion d'images violentes» de la présidente du Rassemblement national (RN, ex-FN) n'est pas encore fixée.

En réponse au journaliste français Jean-Jacques Bourdin, qu'elle accusait d'avoir «fait un parallèle» entre l'EI et le Front national (devenu RN), Mme Le Pen avait relayé, le 16 décembre 2015, des photos d'exactions du groupe djihadiste en y ajoutant les mots : «Daech, c'est ça!»

James Foley à Alep, en Syrie, en novembre... (AP) - image 2.0

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James Foley à Alep, en Syrie, en novembre 2012.

AP

Les photos montraient un soldat syrien écrasé vivant sous les chenilles d'un char, un pilote jordanien brûlé vif dans une cage et une photo du journaliste américain James Foley, le corps décapité et la tête posée sur le dos.  

Après trois ans d'instruction, le parquet avait requis un procès en décembre sur la base d'un article punissant la diffusion de messages violents susceptibles d'être vus par un mineur, une infraction passible de trois ans de prison et 75 000 euros d'amende.

Le député Gilbert Collard, apparenté RN, avait relayé le même jour la photo d'un homme gisant au sol, le crâne défoncé, avec ce commentaire : «Bourdin compare le FN à Daech : le poids des mots et le choc des bobos!»

Il a lui aussi fait l'objet d'une instruction qui a abouti à son renvoi en correctionnelle fin mars, pour la même infraction que la présidente du parti d'extrême droite.

À l'époque, la publication de ces images, très violentes, avait suscité un tollé. La justice avait lancé le jour même deux procédures.

«Déliquescence politique»

Marine Le Pen a vivement réagi sur Twitter : «Cette poursuite honteuse contre ceux qui dénoncent Daesh (nom arabe de l'EI) tombe au moment où le gouvernement accueille les djihadistes et leurs familles à bras ouverts. Ça en dit long sur l'état de déliquescence politique et morale de nos "élites" dirigeantes», a-t-elle indiqué.

Son avocat David Dassa-Le Deist, lui, prétend que «pas un seul pays au monde» n'a utilisé la loi «pour convoquer devant un tribunal pénal son principal leader politique d'opposition, dans le but de limiter sa liberté d'expression», et souligne que ce texte de loi n'a été jusque-là appliqué que «pour protéger les mineurs de pervers». 

Après s'être vu retirer son immunité parlementaire, d'abord en tant qu'eurodéputée puis en tant que députée, Mme Le Pen a été inculpée le 1er mars 2018, deux mois après M. Collard.

En septembre, elle s'était élevée contre une expertise psychiatrique ordonnée dans cette instruction - un examen cependant prévu par la procédure pénale. Dénonçant une «méthode» utilisée «dans les régimes totalitaires», elle avait déclaré qu'elle ne s'y rendrait pas.

Depuis, un expert a été commis par la justice mais aucune convocation n'est parvenue à la dirigeante du RN, selon M. Dassa-Le Deist.

À cette occasion, Mme Le Pen avait publié, à nouveau sur Twitter, le document ordonnant cette expertise, signé par la juge d'instruction : une nouvelle enquête a été ouverte, la loi interdisant la publication d'un acte de procédure judiciaire avant une audience publique.  

Le 5 juin, elle a à nouveau utilisé Twitter pour fustiger une convocation aux fins d'inculpation dans cette seconde enquête, évoquant une «persécution».




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