Le compte-rendu d'une rencontre entre les chefs de la diplomatie américain et turc a donné lieu à un bras de fer entre les deux pays alliés, la Turquie accusant les États-Unis d'avoir travesti la réalité des échanges tandis que Washington persiste et signe.

Mis à jour le 4 avr. 2019
AGENCE FRANCE-PRESSE

Mike Pompeo et Mevlüt Cavusoglu se sont entretenus mercredi dans la capitale américaine en marge du 70e anniversaire de l'OTAN, dont leurs deux pays sont membres.

Mais Ankara a mis en cause le communiqué publié dans la foulée par le département d'État américain. Il a été «clairement préparé avant la rencontre» et «non seulement il ne reflète pas le contenu de l'entretien, mais il contient également des sujets qui n'y ont même pas été abordés», a protesté le porte-parole de la diplomatie turque Hami Aksoy dans un communiqué.

«Notre alliance exige naturellement que de tels communiqués soient préparés avec davantage de soin», a-t-il ajouté, sans préciser à quels passages il faisait allusion.

«J'ai relu le compte-rendu» et «je maintiens chaque mot», a répondu jeudi Mike Pompeo lors d'une conférence de presse à Washington.

Selon le communiqué américain, le secrétaire d'État a mis en garde son homologue turc contre «les conséquences potentiellement dévastatrices d'une action militaire turque unilatérale» en Syrie.

Ankara menace en effet depuis des mois de lancer une offensive contre des milices kurdes syriennes qu'il considère comme «terroristes», mais qui sont alliées de Washington dans la lutte contre le groupe État islamique.

Le département d'État rapporte également que Mike Pompeo a exprimé à Mevlüt Cavusoglu son «inquiétude concernant l'acquisition potentielle par la Turquie» du système de défense antimissiles russe S-400.

Ankara a entrepris d'acheter, en même temps, des S-400 russes et des F-35 américains, mais les États-Unis redoutent que cela ne mette en danger les secrets technologiques de leurs F-35, des avions de chasse ultrasophistiqués.

L'administration Trump a donc suspendu cette semaine la livraison au gouvernement turc d'équipements liés à ces avions.

Mais Mevlüt Cavusoglu a assuré à Washington que la Turquie ne reviendrait pas en arrière.

Lors d'une entrevue sur la chaîne PBS mercredi, il a jugé «inacceptable» que les États-Unis ne vendent pas de système antimissiles à la Turquie, mais l'empêche d'en chercher ailleurs. Il a également affirmé avoir proposé la création d'un groupe de travail technique avec Washington afin de résoudre ce contentieux.

Jeudi, Mike Pompeo a toutefois tenté de faire baisser la tension en se disant «confiant» quant à la possibilité de trouver une issue à cette crise. «J'ai eu une bonne et longue conversation avec le ministre turc des Affaires étrangères», a-t-il assuré, ajoutant vouloir «travailler de manière étroite» avec Ankara.

Selon ses services, le secrétaire d'État a par ailleurs appelé, lors de la réunion de mercredi, «à une résolution rapide des cas impliquant des ressortissants américains» ou des employés locaux des missions diplomatiques américaines «injustement détenus» en Turquie.