Patrouilles immobilisées au risque de délaisser la sécurité publique, manque d'effectifs : les policiers affectés à la surveillance de la résidence présidentielle de La Lanterne à Versailles, où Emmanuel et Brigitte Macron aiment à passer leurs week-ends, ne cachent plus leur lassitude.

ANTOINE GUY AGENCE FRANCE-PRESSE

Depuis son élection en mai 2017, le chef de l'État a pris pour habitude de très fréquemment séjourner dans ce pavillon de chasse cossu, situé en lisière du parc du château de Versailles.  

Longtemps résidence attitrée des premiers ministres, l'élégante bâtisse du XVIIIe nichée dans un domaine de quatre hectares avec piscine et terrain de tennis est devenue un refuge discret pour les présidents depuis l'élection en 2007 de Nicolas Sarkozy, qui se l'est immédiatement appropriée.

Si l'ancien chef de l'État aimait à y faire ses joggings, il n'y passait pas très souvent. La fréquentation du lieu « est montée en puissance avec [François] Hollande », raconte Julien Le Cam, un représentant local du syndicat policier Alliance. L'ex-président socialiste y a souvent été entrevu avec ses enfants ou sa compagne l'actrice et réalisatrice Julie Gayet.

« Là maintenant, avec Emmanuel Macron, c'est tous les week-ends », soupire le syndicaliste.  

Sécurité oblige, trois patrouilles-de six policiers au total-doivent garder l'extérieur du domaine dès que le chef de l'État y séjourne. L'intérieur est surveillé par le groupe de sécurité de la présidence de la République.

« Ce ne sont pas les gardes en soi qu'on dénonce, affirme Julien Le Cam, mais c'est l'impact que ça a sur police secours (le service d'urgence, NDLR). Alors qu'il y a déjà peu d'équipages le week-end, qui trinque ? C'est la sécurité publique ».

« Ça plombe l'opérationnalité de l'ensemble du département », approuve son collègue Cyril Thiboust, délégué Unité-SGP police. « Par moment à Versailles, on se retrouve à une patrouille, voire zéro sur le week-end », explique-t-il.  

Et l'opulente ville de Versailles n'est pas le seul lieu concerné dans le département des Yvelines, à l'ouest de Paris. Le deuxième personnage de l'État, le président du Sénat Gérard Larcher, grand amateur de chasse, se rend presque aussi régulièrement à son domicile privé de Rambouillet. Une patrouille est à chaque fois mobilisée pour en assurer la surveillance.

« Même quand M. Larcher sort avec sa 4L pour aller à la chasse, une patrouille doit rester devant son domicile. Et quand vous mobilisez une patrouille, vous mobilisez tous les effectifs de Rambouillet », raconte Julien Le Cam. Les appels au service de secours doivent alors être traités par la commune voisine d'Elancourt.

Tablettes et téléphones portables

Sur le terrain, les policiers supportent de moins en moins de faire le pied de grue. « Qu'on arrête de piocher dans police secours », réclame un policier du commissariat de Versailles, qui souhaite rester anonyme.

« Ce qui gêne, c'est qu'on n'est pas dehors pour faire notre boulot », déplore-t-il. « En 2018, pour les unités de Versailles, on a passé 40 % de notre temps de travail sur des gardes statiques », assure-t-il, en comptant les gardes du commissariat ou celles de détenus hospitalisés.

« On est là à regarder nos tablettes, nos téléphones portables... nous ce qu'on veut, c'est bosser », poursuit ce policier.

Les syndicats déplorent également l'absence de toilettes devant La Lanterne, dont l'installation a été refusée. « Il faut demander une relève » pour pouvoir s'y rendre, s'indigne Cyril Thiboust.

Contactée à plusieurs reprises par l'AFP, la Direction départementale de la sécurité publique n'a pu être jointe.

La préfecture a reçu les doléances des syndicats et leur a assuré avoir fait remonter l'information au ministère de l'Intérieur, ainsi qu'à la présidence de la République.

Cyril Thiboust pense que les autorités envisagent la création d'une unité dédiée à ces gardes, qui rendrait nécessaire le recrutement d'« approximativement 36 personnes ».

Une perspective à laquelle ne croit guère Julien Le Cam : « en un an, on a eu six recrues dans les Yvelines ».