(Nicosie) Les meurtres de sept femmes et fillettes étrangères à Chypre ont entraîné le départ du chef de la police et du ministre de la Justice, dans une affaire où les autorités ont été accusées de ne pas prendre au sérieux la disparition d’immigrées.

Charlie CHARALAMBOUS et Amanda MOUAWAD Agence France-Presse

Cette «première histoire de meurtres en série» à Chypre, selon les médias, a choqué dans cette île méditerranéenne très touristique,  où le taux de criminalité est relativement faible.

Le suspect des meurtres, un militaire chypriote âgé de 35 ans et nommé Nicos Metaxas, a été arrêté le 18 avril, quatre jours après la découverte du premier corps. Il a avoué avoir tué cinq femmes et deux fillettes, selon des sources policières.

Les forces de l’ordre ont été accusées de n’avoir pas mené de véritable enquête après les signalements de disparitions, le premier datant de 2016.

AFP

Nicos Metaxas

Le président chypriote Nicos Anastasiades a limogé vendredi le chef de la police Zacharias Chrysostomou, dénonçant «l’apparente négligence et le manquement au devoir de la police dans l’enquête sur des personnes disparues».  

La veille, le ministre de la Justice Ionas Nicolaou avait démissionné pour des raisons de «conscience».  

Quatre corps ont jusqu’ici été retrouvés dans une région minière, au sud-ouest de Nicosie.

D’autres corps recherchés

C’est un touriste allemand qui avait découvert le premier cadavre le 14 avril alors qu’il prenait des photographies d’un puits de mine de 150 mètres de profondeur. La dépouille avait été ramenée à la surface après des pluies diluviennes.

La victime a été identifiée comme étant Mary Rose Tiburcio, une Philippine de 38 ans. Le suspect a également dit avoir tué sa fille de 6 ans, mais le corps de cette dernière n’a pas encore été découvert.  

Le deuxième corps trouvé dans le même secteur quelques jours après a été identifié comme celui de Arian Palanas Lozano, 28 ans, également originaire des Philippines, selon des médias locaux.

Un troisième, retrouvé dans la même zone, n’a pas encore été formellement identifié, mais pourrait être celui d’une Népalaise.  

Le quatrième, mis dans une valise, a été repêché dimanche dans le Lac Rouge, une étendue d’eau très toxique dans la localité de Mitsero, au cœur de la mine. L’identité de la victime n’a pas encore été établie.

Mais les recherches menées dans ce lac, où deux autres victimes auraient été jetées, ont été interrompues vendredi. Sur place, le chef des pompiers Marcos Trangolas a expliqué que son équipe attendait l’arrivée d’un système sonar d’Espagne pour pouvoir les reprendre.  

Outre la fillette des Philippines, les deux autres victimes dont le corps n’a pas été trouvé seraient une Roumaine et sa fille de 8 ans, selon les médias.

De nombreux immigrés d’Asie et de Roumanie travaillent à Chypre, notamment comme employés de maison ou dans l’agriculture.

Dans un éditorial publié cette semaine, le quotidien anglophone Cyprus Mail a dénoncé «le manque complet de professionnalisme, l’absence de tout sens des responsabilités ou du devoir, la paresse pure et simple et le pire, le mépris raciste envers […] des femmes étrangères qui tentent de s’en sortir à Chypre».  

«Mépris»

Le président Anastasiades a de son côté assuré que le gouvernement allait prendre des mesures pour mieux protéger les travailleurs étrangers.

Vendredi, il a rencontré des diplomates du Sri Lanka, du Vietnam, des Philippines et d’Inde à ce sujet.  

Il s’est «excusé au nom de l’État et du peuple chypriote auprès des représentants de ces pays», selon le porte-parole du gouvernement Prodromos Prodromou.   

Pour l’association d’aide aux migrants Kisa, le manque d’enquête sur les disparitions de ces femmes étrangères reflète la façon dont elles sont traitées en général par l’administration.

Kisa indique avoir récolté le témoignage «de nombreuses femmes immigrées qui ont été en contact avec la police, les services sociaux, la justice et, au lieu d’être aidées, elles ont dû faire face à de l’indifférence […] et du mépris».

Des centaines de personnes, Chypriotes et immigrées, se sont rassemblées vendredi devant le palais présidentiel pour une «manifestation pour les femmes ignorées», selon les organisateurs.

«Egalité, dignité et justice pour tous», pouvait-on lire sur une pancarte brandie par les manifestants.

«Nous devons changer notre état d’esprit, nous devons être juste et équitable», a affirmé l’organisatrice du rassemblement Maria Mappouridou.

«J’ai le sentiment que je ne suis pas en sécurité lorsque je marche dans la rue […] J’ai peur», a indiqué pour sa part Cecilia Aligada, une Philippine de 35 ans qui travaille à Chypre depuis huit ans.