Le procès de trois skinheads impliqués dans la mort de Clément Méric, étudiant français devenu le symbole de l'engagement antifasciste tué en 2013 lors d'une bagarre, s'est ouvert mardi devant les assises de Paris.

Mis à jour le 4 sept. 2018
Sofia BOUDERBALA AGENCE FRANCE-PRESSE

Après un report lié au retard de l'un des accusés, interpellé pour un contrôle d'identité selon son avocat, ce procès emblématique a débuté aux alentours de 12h00 GMT. Il doit durer deux semaines.

Les deux principaux accusés, Esteban Morillo et Samuel Dufour, 25 ans, ont effectué plusieurs mois de détention provisoire et comparaissent libres. Renvoyés en procès pour des violences «ayant entraîné la mort sans intention de la donner», commises en réunion et avec arme - un poing américain -, ils encourent jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle.

Un troisième skinhead, Alexandre Eyraud, 29 ans, est lui jugé pour des violences aggravées passibles de 5 ans d'emprisonnement.

Pas de crâne rasé ou de manches courtes laissant voir des tatouages: les accusés se tiennent droits, chemises sombres et vestes, évitant de tourner la tête vers les bancs des parties civiles où ont pris place les parents de Clément, Agnès et Paul-Henri Méric.

Avant d'entrer dans la salle, ce dernier a dit attendre du procès «la vérité sur les circonstances dans lesquelles Clément a été tué». «Les agresseurs de Clément appartenaient à une mouvance politique d'inspiration néo-nazie qui fait de la violence un procédé d'action privilégié, donc ce procès sera aussi un procès des violences de l'extrême droite», a-t-il plaidé.

Au contraire, les avocats de la défense ont appelé à «laisser la politique de côté» pour «établir les faits», évoquant des «violences réciproques».

Expertises contradictoires

Cinq ans après la mort à 18 ans de Clément Méric, les débats devront lever les incertitudes sur plusieurs points: y a-t-il eu ou pas usage d'une arme, volonté de tuer ou s'agissait-il d'une énième bagarre qui tourne mal?

Le 5 juin 2013 vers 18h00, des «skins» et des «antifas» s'étaient retrouvés à la même vente privée de vêtements, dans une boutique des grands boulevards parisiens.

Les jeunes se toisent, s'invectivent. Quarante minutes plus tard, une rixe éclate: Clément Méric, qui se remet tout juste d'une leucémie, s'écroule. Son décès, prononcé le lendemain, fait resurgir le spectre des violences de l'extrême droite.

Le gouvernement promet de punir «les assassins», puis dissout plusieurs groupuscules identitaires et racistes dont étaient proches certains des accusés.

Au terme de l'enquête, les juges concluent à une rencontre imprévue qui a dégénéré en bagarre, mais écartent l'intention homicide.

Esteban Morillo a reconnu avoir frappé Clément Méric, mais toujours nié avoir fait usage d'un poing américain, circonstance aggravante aux coups mortels. «Deux coups, à mains nues» et «c'est tout», selon sa défense. Quant à Samuel Dufour, il portait des bagues, mais «pas de poing américain», selon son avocat Antoine Vey.

Les débats seront déterminants, face à des expertises médicales contradictoires.

Certains témoins ont vu Esteban Morillo armé d'un poing américain, d'autres pas. En garde à vue, Morillo lui-même affirme que Dufour frappait les «antifas» à l'aide d'un poing américain. Et le soir même, Samuel Dufour envoie des SMS à un ami: «J'ai frappé avec ton poing américain», «On les a défoncés».

Les récits s'accordent sur l'atmosphère électrique de la rencontre. Chaque camp s'accuse mutuellement d'avoir frappé le premier.

La mort du jeune homme est restée un «traumatisme» pour l'ultra gauche française. Lundi soir, près de 300 sympathisants antifascistes se sont rassemblés non loin du palais de justice à Paris pour réclamer la «vérité» sur la mort de leur camarade.

Verdict le 14 septembre.