La directrice générale de SOS Méditerranée s'est inquiétée mercredi des «morts annoncées» en mer depuis que l'Aquarius a dû quitter sa zone de sauvetage mardi soir pour se rendre à Valence (Espagne), après le refus de l'Italie d'accueillir les migrants secourus.

Publié le 13 juin 2018
AGENCE FRANCE-PRESSE

«Pendant que l'Aquarius va aller faire 1500 km aller pour débarquer les migrants à Valence, que se passe-t-il sur la zone de naufrage ?» a demandé Sophie Beau lors d'une conférence de presse à Marseille (sud-est de la France), où est basée l'ONG européenne.

La directrice générale a rappelé que l'«épopée» de l'Aquarius, accompagné de deux bateaux italiens, pour acheminer 629 migrants - en majorité originaires d'Afrique - jusqu'à Valence, laisse un grand vide au large des côtes libyennes, où chaque jour des dizaines de personnes tentent une traversée sur des embarcations de fortune.

Outre le navire à coque orange et blanche, un navire des garde-côtes italiens, qui fait partie de la flottille naviguant jusqu'à Valence, manque aussi à l'appel dans la zone de sauvetage.

«C'est l'absence de moyens cruciaux pour sauver des vies et ce sont de nouvelles victimes qui se produisent sous nos yeux (...) qui sont des morts annoncées», a dénoncé Mme Beau.

Lors d'un naufrage survenu mardi, selon SOS Méditerranée, malgré le secours de l'ONG allemande Sea-Watch et d'un bateau américain, 41 naufragés ont été secourus et au moins 12 personnes sont mortes. «En général, il y a au moins 100 personnes par embarcation pneumatique, donc on ne peut pas connaître l'ampleur de ce nouveau naufrage».

Annonçant dès mardi que l'Aquarius allait retourner dans la zone de sauvetage dès que possible, SOS Méditerranée s'interroge maintenant sur ses futures actions, alors que l'Italie lui ferme ses côtes. «Que va-t-il se passer? Va-t-on faire le même scénario à chaque fois ?», s'est interrogée Sophie Beau.

Refusant de commenter la polémique sur le sort de l'Aquarius, ballotté pendant plus de trois jours au gré des décisions du gouvernement italien, Sophie Beau a estimé que «tous les États européens sont responsables (...) ils ont refusé d'écouter les appels à l'aide de l'Italie».

«L'inaction de l'Europe est criminelle», a-t-elle ajouté, évoquant «15 000 morts depuis trois ans» en Méditerranée.

SOS Méditerranée pointe également du doigt «une gestion italienne qui n'a ni queue ni tête», puisque l'Italie s'apprêtait mercredi à accueillir 900 migrants secourus par les garde-côtes «alors qu'elle refuse les bateaux d'ONG».

L'Aquarius est présent depuis février 2016 dans cette partie de la Méditerranée, où il a secouru près de 30 000 personnes.