L'ancien premier ministre italien Silvio Berlusconi, qui doit faire face mercredi à un vote sur son exclusion du Sénat, a annoncé lundi à Rome une demande de révision de son procès pour fraude fiscale.

Ljubomir MILASIN et Michèle LERIDON AGENCE FRANCE-PRESSE

«Nous avons à notre disposition des documents qui nous permettent de présenter une demande de révision devant la cour d'appel de Brescia», a annoncé au cours d'une conférence de presse le Cavaliere, définitivement condamné en août à quatre ans de prison ferme - dont trois déjà amnistiés - dans le cadre du procès Médiaset pour fraude fiscale.

Silvio Berlusconi a également appelé lundi ses adversaires, gauche et mouvement 5 étoiles, à ne pas voter mercredi son exclusion du Sénat.

«Je vous demande de prendre votre décision en toute conscience, non par rapport à moi, mais par respect pour la démocratie», a-t-il lancé lors d'une conférence de presse à Rome, avant d'ajouter : «ne prenez pas une décision dont vous aurez honte devant vos enfants, les électeurs et tous les Italiens».

Berlusconi s'apprête à être expulsé du Sénat, une humiliante fin de partie après près de 20 ans de présence au Parlement.

Cette déchéance est la conséquence de sa condamnation définitive le 1er août pour fraude fiscale. Une loi votée en 2012 pour assainir la politique italienne prévoit l'expulsion pour six ans et l'inéligibilité des parlementaires condamnés à de la prison, après vote de la chambre à laquelle appartient l'élu.

Les avocats et partisans du Cavaliere, 77 ans, ont tout fait pour retarder l'échéance, mais, sauf surprise, le couperet devrait tomber mercredi. La gauche et le mouvement 5 étoiles de l'ex-comique Beppe Grillo - soit au moins 165 des 321 sénateurs -, étant favorables à cette expulsion, l'issue du vote ne fait guère de doute.

«Celà s'appelle un coup d'État», a tonné le Cavaliere, 77 ans, samedi devant les jeunes de son parti Forza Italia. «Le Sénat votera pour se débarrasser du chef du centre droit, après avoir tenté de le faire en vain pendant 20 ans», a-t-il ajouté, clamant une nouvelle fois son innocence.

M. Berlusconi ne décolère pas non plus contre le président Giorgio Napolitano dont il espérait une grâce, même s'il s'est refusé à la lui réclamer.

«Quel que soit le résultat du vote sur la déchéance, une ère s'achèvera mercredi prochain. Silvio Berlusconi ne pourra plus être candidat. Je ne crois pas qu'il acceptera de se faire jeter dehors par le Parti démocrate (principale formation de la gauche, NDLR), il démissionnera une minute avant», a pronostiqué vendredi Lorenzo Cesa, secrétaire du parti démocrate-chrétien de l'UDC.

Les partisans du magnat des médias ont appelé mercredi à une manifestation devant la luxueuse résidence romaine de leur champion.

Mais ce «vote dramatique, moment historique qui marquera le parcours de la législature» selon le Corriere della Sera, ne devrait pas entraîner dans l'immédiat de crise politique majeure déstabilisante pour le pays en pleine récession.

Car le Peuple de la liberté (PDL) du Cavaliere s'est scindé il y a une semaine en deux parties. D'un côté Forza Italia, nom de l'ancien parti de Silvio Berlusconi, qui regroupe les «faucons» et pourrait entrer formellement dans l'opposition lors du vote de la loi budgétaire en début de semaine.

Et de l'autre, le Nouveau centre droit (NCD), avec les modérés menés par l'ancien dauphin du Cavaliere, Angelino Alfano, vice-premier ministre, qui voteront contre la déchéance du Cavaliere par «loyauté», mais souhaitent le maintien du gouvernement de coalition gauche-droite d'Enrico Letta. Leurs voix, ajoutées à celles de la gauche, suffisent pour assurer une majorité parlementaire.

Même exclu du Parlement, M. Berlusconi continuera à jouer un rôle politique : un sondage Ipsos publié ce mois-ci le donne même en tête des suffrages.

Mais le doute subsiste sur les conséquences judiciaires de la déchéance du Cavaliere.

Déjà privé de passeport depuis sa condamnation, il a demandé à effectuer sa peine sous forme de travaux d'intérêt général, «une humiliation pour moi et pour tout le pays», a-t-il redit. Les modalités n'en seront fixées que dans plusieurs mois.

Mais il est sous le coup d'autres procès. Notamment le Rubygate dans lequel il a été condamné en première instance à sept ans de prison en juin pour abus de pouvoir et prostitution de mineure, peine suspendue, car il a fait appel. Ou celui pour corruption de sénateur qui débutera le 11 février.

Il risque aussi d'être poursuivi pour corruption de témoins.

Malgré son âge, qui devrait le mettre à l'abri d'une éventuelle incarcération, les rumeurs courent sur une possible détention. À tel point que le quotidien romain Il Messagero spéculait cette semaine sur la possibilité que son vieil ami le président russe Vladimir Poutine, en visite à Rome cette semaine, lui fournisse un passeport diplomatique afin qu'il puisse s'envoler pour Moscou...