Un musulman qui tiré en 2011 à l'arme automatique sur l'ambassade des États-Unis à Sarajevo, Mevlid Jasarevic, et qui est rejugé pour «terrorisme», a affirmé mercredi avoir été «victime» d'idéologues islamistes en Bosnie qui l'ont poussé à commettre cet acte.

Publié le 13 nov. 2013
AGENCE FRANCE-PRESSE

«Je suis victime de ceux qui me disaient qu'il était nécessaire de lutter pour l'islam et de mener le djihad», a dit Jasarevic, 24 ans, lors d'une audience devant un tribunal de Sarajevo.

«Ceux qui me parlaient du djihad jouent maintenant avec leurs enfants et mènent une vie libre, aux côtés de leurs femmes, alors que je n'ai pas vu mon enfant depuis des mois», a dit le jeune homme.

À l'issue de son premier procès, Jasarevic avait été condamné en décembre 2012 à 18 ans de prison. Cette peine a été annulée en raison de «vices de procédure».

Selon le premier verdict, il avait commis «un acte terroriste en tirant avec une arme automatique durant 50 minutes au moins 105 balles en direction de l'ambassade américaine». Jasarevic a blessé un policier, avant d'être lui-même blessé par un tireur d'élite de la police locale et arrêté.

Alors qu'à l'époque de l'attaque contre l'ambassade, en octobre 2011, et ensuite durant son premier procès, il portait une barbe hirsute et un pantalon taillé au-dessus des chevilles, à l'instar des membres du mouvement islamiste wahhabite, Jasarevic s'est présenté mercredi devant les juges fraichement rasé, en jean et en chemise blanche.

«Des changements physiques sont certes visibles chez mon client, mais les changements intérieurs sont beaucoup plus importants», a assuré son avocat Senad Dupovac.

Jasarevic, qui est un musulman de Serbie, a raconté comment il avait adopté une interprétation radicale de l'islam pendant qu'il était en prison en Autriche, après avoir participé à un vol dans une banque à Vienne en 2005.

Après avoir purgé une peine de trois ans de prison et avoir été expulsé vers la Serbie, il était allé vivre à Gornja Maoca, une bourgade reculée du nord-est de la Bosnie peuplée par des musulmans intégristes.

«À Gornja Maoca, on me parlait des souffrances des musulmans à travers le monde et je me suis dit que je devais faire un geste dont on parlera dans le monde entier», a raconté Jasarevic.

Se disant «abandonné» par ses anciens «frères», Jasarevic a demandé pardon aux citoyens de Sarajevo, aux employés de l'ambassade et au policier blessé et s'est dit «prêt» à coopérer avec les autorités pour «empêcher qu'un acte similaire soit commis par un autre jeune homme».

«Je supplie ce tribunal de prononcer une peine plus clémente, parce que je n'avais pas agi en tant que membre d'une organisation, mais en tant que jeune homme qui vivait dans l'ignorance», a-t-il dit.

Le nouveau verdict sera prononcé le 20 novembre.

Les musulmans bosniens, qui représentent 40 % des 3,8 millions d'habitants du pays - les autres étant pour la plupart des chrétiens orthodoxes ou catholiques -, sont généralement adeptes d'un islam modéré.