Un Suédois qui avait été considéré comme le pire « tueur en série » de l'histoire du pays, avec des condamnations pour huit meurtres commis dans les années 70 et 80, a finalement été exonéré mercredi de tout crime.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Le parquet a annoncé qu'il abandonnait les poursuites contre Sture Bergwall, 63 ans, longtemps connu sous le pseudonyme de Thomas Quick, dans la dernière affaire pour laquelle sa condamnation devait être révisée.

Il s'agissait de la disparition en 1976 à Piteaa (nord) de Charles Zelmanovits, adolescent de 15 ans dont des restes du cadavre n'avaient été retrouvés qu'en 1993.

« Une évaluation globale des indices aujourd'hui disponibles (...) indique qu'une condamnation pour meurtre contre Bergwall n'est plus envisageable », a écrit le procureur, Haakan Nyman. Selon le parquet, la cause de la mort n'est même pas sûre.

M. Bergwall ne sera pas libéré pour autant: il est interné à vie dans un hôpital psychiatrique, d'où il tient un blogue intitulé « Le chemin vers la liberté ». « Aujourd'hui est un jour de joie et un jour de réflexion », a-t-il écrit mercredi.

La facilité qu'il a eue à convaincre enquêteurs et magistrats d'un passé de meurtrier totalement imaginaire est l'un des plus graves fiascos de l'histoire de la Justice suédoise.

Il avait commencé par des aveux détaillés de M. Bergwall, délinquant condamné à se soigner après un vol à main armée. Soudain, il s'accusait d'avoir commis près d'une trentaine de meurtres en Suède, Norvège et Finlande, et de cannibalisme.

En 2008, il faisait une volte-face, disant avoir été victime de sa soif d'attention et de médicaments psychotropes. La Justice fut forcée de reconnaître, affaire après affaire, une série invraisemblable d'erreurs.

M. Bergwall a été acquitté dans trois affaires, et a vu le parquet abandonner les poursuites dans les procès en révision des cinq autres.

D'après la clinique dont il est patient depuis 1991, le fait qu'il ait été lavé de tout soupçon ne change pas l'avis des psychiatres sur lui. « Cela n'a absolument aucune incidence sur les soins », a déclaré au quotidien Expressen le directeur de cette clinique située à Säter (centre), Ulf Cristofferson.

Un tribunal administratif doit décider de l'avenir de ce patient ultérieurement, comme il le fait tous les six mois.

Sture Bergwall a annoncé qu'il envisageait de poursuivre la clinique. « Maintenant je vais de l'avant. Mais avant cela je vais digérer l'annonce d'aujourd'hui et me réjouir avec ma famille d'être parvenu aussi loin. Ensuite il sera temps d'engager la prochaine procédure, celle contre Säter », a-t-il écrit.

Le gouvernement a lancé un examen des dysfonctionnements dans cette affaire, a indiqué la ministre de la Justice Beatrice Ask à l'agence de presse suédoise TT.

« L'examen doit à la fois porter sur l'action du système judiciaire et déterminer s'il y a des défauts structurels (...) Il est inquiétant que quelqu'un soit condamné pour autant de crimes de cette gravité puis innocenté », a-t-elle déclaré.