Le Norvégien Kristian Vikernes, 40 ans, arrêté mardi en France pour empêcher «un acte terroriste d'envergure», s'est rendu célèbre dans son pays par le black metal, ses opinions d'extrême droite et le meurtre sauvage d'un rival.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Ce natif de Bergen (ouest) qui a adopté le prénom de Varg (loup en norvégien) s'est taillé une sinistre réputation dès ses 20 ans en tuant, en août 1993, un homme de 23 coups de couteau.

La victime s'appelait Oeystein Aarseth, guitariste du groupe Mayhem. Une condamnation à la peine maximale, 21 ans de prison, ternit la carrière prometteuse de Vikernes, qui a déjà sorti à l'époque quatre albums sous le nom de Burzum et collaboré à un autre de Mayhem.

La Norvège découvre un accusé peu recommandable, revendiquant avec fierté le satanisme, le nazisme et le racisme, et imputant à Aarseth la responsabilité de sa mort.

Vikernes affirme que son rival projetait de l'assassiner et qu'il était à l'origine des rumeurs sur son implication dans des incendies d'église pour lesquels il a été inculpé, mais innocenté faute de preuve.

Il dit aussi avoir adopté l'étiquette de sataniste par provocation. «Juste pour cracher au visage des gens, nous disions toujours plus ou moins l'opposé de ce que disaient les autres, afin de marquer une distance. C'est comme ça que nous avons fini par nous appeler satanistes, même si nous ne l'étions pas», explique-t-il à un magazine norvégien à sa sortie de prison en 2009.

Sur son site internet, il affirme aussi qu'il n'est «pas un nazi», se repentant d'avoir utilisé ce terme de manière «plutôt inexacte» pour qualifier son idéologie.

Celle-ci se compose de paganisme et d'une haine tenace contre le «judéo-christianisme», de racisme, de rejet du multiculturalisme et de la mondialisation, d'eugénisme et d'un certain culte mystique de l'Europe primitive.

Elle l'a amené à dénigrer son compatriote extrémiste de droite Anders Behring Breivik, qui, en tuant 77 personnes en juillet 2011, a commis une «grossière erreur» selon Vikernes.

«Tu as tué plus de Norvégiens que ne l'a fait toute la population musulmane ces 40 dernières années, et tu prétends être un nationaliste et patriote norvégien (aux côtés de tes maîtres juifs) combattant l'islam, pour nous protéger de leurs crimes?!», écrivait-il en décembre.

Les deux hommes ne se sont probablement jamais parlé ni rencontrés, Breivik ayant mené une vie de solitaire. Mais Breivik a fait de Vikernes l'un des destinataires du «manifeste» de quelque 1500 pages auquel il a consacré plusieurs années de sa vie, et tous deux partagent une admiration pour Vidkun Quisling, Norvégien auteur d'un coup d'État pro-nazi en 1940.

En prison puis après sa sortie, Vikernes tâcha de se faire remarquer d'abord par sa musique, signant sept albums de Burzum.

S'étant marié à une Française, il s'est exilé au fin fond de la campagne corrézienne, dont il louait l'authenticité. «Vos campagnes sont belles, mais seulement parce qu'elles sont encore peu touchées par la masse de l'immigration», écrivait-il (en français) dans un appel à voter pour le Front national.

D'après le maire de Salon-la-Tour, Jean-Claude Chauffour, interrogé par l'AFP, les époux et trois enfants non scolarisés vivaient à l'écart du village.

Ils ne semblaient pas avoir remarqué qu'ils étaient surveillés par la police. Mercredi, ils entamaient leur deuxième jour de garde à vue.