Des femmes pulpeuses déguisées en Barack Obama pour aguicher Silvio Berlusconi? Voilà l'étrange confession de Karima El Mahroug, alias «Ruby», dont le témoignage sur les soirées «bunga bunga» est l'élément-clé de deux procès impliquant Berlusconi et ses proches.

Mali Ilse Paquin LA PRESSE

Exit les décolletés vertigineux, les paillettes et les faux cils. Avec ses cheveux tirés, ses vêtements sobres, voire sévères, et son visage démaquillé, l'ancienne danseuse était méconnaissable à son témoignage dans un tribunal de Milan, hier. Une métamorphose suspecte selon les détracteurs de Silvio Berlusconi. L'homme de 76 ans dément avoir eu des rapports sexuels rémunérés avec elle alors qu'elle était âgée de 17 ans.

Pour la première fois, la Marocaine a décrit les fêtes «bunga bunga» au procès de trois amis de l'ancien premier ministre, accusés d'avoir bâti un réseau de prostitution pour satisfaire ses besoins sexuels. «Je n'en croyais pas mes yeux», s'est-elle souvenue, en relatant sa première participation.

Obama, le «bronzé»

Première surprise de son témoignage: des femmes s'étaient déguisées en Barack Obama afin d'amuser le Cavaliere. Elle n'a pas donné plus de détails sur le costume en question. Ilda Boccassini, célèbre procureure italienne détestée de Berlusconi, a aussi inspiré un déguisement. Des escortes ont également joué à l'infirmière et à la religieuse, a-t-elle indiqué.

La révélation que des femmes ont diverti le Cavaliere en mimant Barack Obama rappelle une blague controversée que l'homme d'État avait faite peu après l'élection du premier président noir des États-Unis. «Obama? Il est jeune, beau et même bronzé», avait commenté l'ancien premier ministre en novembre 2008. Une farce qui avait indigné l'opposition italienne et certaines célébrités comme Carla Bruni, née à Turin.

Pas d'attouchements

La seconde déclaration étonnante d'El Mahroug est qu'elle n'a jamais été témoin d'attouchements et qu'elle a toujours dormi seule, même si elle recevait des enveloppes d'argent à ces soirées érotiques. La jeune femme avait pourtant affirmé dans un premier interrogatoire en 2010 qu'elle avait «fait du sexe» avec l'ancien premier ministre.

Un aveu qu'elle contredit depuis que Berlusconi encourt une peine de six ans de prison pour incitation d'une mineure à la prostitution. Le verdict dans cet autre procès devrait être connu le 24 juin.

Pour expliquer sa volte-face sur la nature de leur relation, El Mahroug a expliqué qu'elle avait d'abord menti. «Pour moi, les mensonges étaient un mécanisme de défense avec tout le monde», a-t-elle dit hier.

L'ennemie jurée de Berlusconi, la procureure Ilda Boccassini, soutient qu'il a acheté le silence d'El Mahroug pour 5 millions d'euros en décembre 2010.