Le président français François Hollande a annoncé jeudi une «initiative» pour sortir l'Europe de sa «langueur», lors d'une longue conférence de presse visant aussi à restaurer sa crédibilité dans un contexte économique et social très assombri.

Sabine WIBAUX et Hervé ASQUIN AGENCE FRANCE-PRESSE

Fragilisé par l'entrée en récession de la France, le chef de l'État s'est montré déterminé, réfutant l'immobilisme dont l'accuse l'opposition de droite, lors d'une intervention de deux heures quarante devant 400 journalistes français et étrangers et le gouvernement au grand complet.

La deuxième année du quinquennat qui débute doit être placée sous le signe de «l'offensive». Et «l'offensive, c'est d'abord de lancer une initiative européenne», a-t-il dit.

Le président a ainsi prôné la mise en place d'un «gouvernement économique» de la zone euro avec un «véritable président» et qui serait dotée d'une «capacité budgétaire». Il a également souhaité la mobilisation «tout de suite» d'une partie des fonds européens réservés à la jeunesse (6 milliards d'euros -prèsd e 8 milliards de dollars) en faveur de l'emploi et la mise en place d'une «communauté européenne de l'énergie».

«Ce qui frappe l'Europe, c'est la récession, provoquée par des politiques d'austérité, qui touche tous les pays de la zone euro», a-t-il expliqué, tout en vantant son action pour «faire bouger les lignes» en Europe et y faire le trait d'union entre Nord et Sud du continent.

Moteur franco-allemand indispensable

«Mon devoir, c'est de sortir l'Europe de sa langueur et de réduire la désaffection des peuples qui ne peut que compromettre l'avenir même de l'Union européenne», a-t-il déclaré, réaffirmant le rôle «indispensable» du moteur franco-allemand en réponse aux critiques venues de son propre camp contre la politique européenne d'Angela Merkel.

Tombé à un niveau d'impopularité inédit pour un président sous la Ve République, François Hollande a néanmoins renouvelé sa confiance «pour les mois qui viennent» à son premier ministre Jean-Marc Ayrault, excluant un remaniement dans l'immédiat.

Malgré le retour de la récession, officiel depuis mercredi en France, et un pouvoir d'achat en forte baisse, M. Hollande a réitéré son engagement à inverser, d'ici à la fin de l'année, la courbe du chômage qui a atteint un nouveau record en mars.

«Je réédite ici devant vous, en prenant des risques, mais aussi mes responsabilités, que la courbe du chômage peut s'inverser d'ici à la fin de l'année», a-t-il affirmé, en ajoutant que «la bataille ne serait gagnée à long terme que si la croissance revient».

Pour ce faire, il a annoncé plusieurs mesures fiscales pour stimuler l'investissement en France. «Tout ne peut pas venir de l'État et, donc, pour financer ces investissements d'avenir, nous devrons aussi aller chercher le secteur privé, le partenariat, des capitaux extérieurs, des fonds d'investissement, parfois même de l'étranger», a-t-il dit.

Accusé de ne pas savoir trancher, M. Hollande a rétorqué qu'il n'avait «pas cessé de décider» depuis un an, mais avec le souci de ne «pas se substituer au gouvernement, au Parlement, aux partenaires sociaux».

Le président français avait commencé sa conférence de presse par un hommage aux soldats français intervenus au Mali qui, a-t-il dit, «ont fait aimer la France dans toute l'Afrique», illustrant «le rôle d'une grande Nation qui est de pouvoir peser sur l'équilibre du monde».

Sur la crise en Syrie, M. Hollande a estimé qu'il fallait convaincre Moscou, soutien de Damas, que «son intérêt est d'en terminer avec Bachar al-Assad», et assuré que Paris était partie prenante des efforts diplomatiques internationaux pour une solution politique.