L'opposant numéro un à Vladimir Poutine, Alexeï Navalny, a dénoncé des poursuites qui visent à l'«écarter de la scène politique», au cours de son procès pour détournements de fonds qui a repris mercredi.

Laetitia PERONKIROV AGENCE FRANCE-PRESSE

«Le principal objectif de cette affaire est de m'écarter de la scène politique», a dit Alexeï Navalny, dans sa première déclaration devant le juge au tribunal de Kirov, à 900 km de Moscou.

M. Navalny, passible dans cette affaire d'une peine maximale de dix ans de camp, est accusé d'avoir organisé en 2009 le détournement de 400 000 euros (534 000 $) au détriment d'une exploitation forestière, Kirovles, ce qu'il nie catégoriquement.

«Je ne reconnais pas ma culpabilité», a-t-il dit pendant l'audience, indiquant ne pas comprendre les accusations dont il est l'objet. Il a dénoncé une série de manquements dans l'enquête menée dans cette affaire.

«C'est une affaire politique», a répété l'avocat et blogueur anticorruption.

«Cette affaire a été fabriquée de toutes pièces sur ordre de Poutine», avait affirmé M. Navalny avant le début du procès, déclarant «n'avoir aucun doute» sur le fait que le président russe «a donné des instructions» pour qu'il soit reconnu coupable. 

«Il y a tellement de défauts et de manquements dans les conclusions de l'accusation que le dossier ne peut pas passer devant un tribunal», a déclaré mercredi l'opposant, en jeans et chemise, mais visiblement moins décontracté que lors de la première audience, lors d'une pause décrétée dans la matinée par le juge Sergueï Blinov. 

«Nous avons demandé à ce que le dossier repasse au parquet afin qu'il continue à instruire cette affaire, qu'il y mette un terme ou qu'il fasse appel à d'autres témoins», a-t-il ajouté, estimant que les demandes de la défense étaient «raisonnables».

M. Navalny a estimé qu'il s'agissait d'une «vengeance politique» pour ses révélations sur les scandales de corruption impliquant de hauts fonctionnaires et des élus, ainsi que pour la campagne qu'il a menée pendant les élections législatives de 2011 contre le parti de M. Vladimir Poutine, Russie Unie.

«Je suis certain que tous les citoyens impliqués dans la persécution politique illégale à mon encontre, ou à l'encontre de personnes comme moi qui luttent contre l'État corrompu d'occupation actuellement au pouvoir en Russie (...) feront face un jour ou l'autre à un châtiment sévère, mais juste», a-t-il conclu.

Le procès, dont la première audience la semaine dernière avait été ajournée, a repris mercredi matin.

L'audience a repris à 10 h GMT (6 h à Montréal). Près du tribunal, partisans et détracteurs de l'opposant manifestaient les uns en face des autres dans la matinée.

«L'affaire est politique», a déclaré le leader du mouvement Solidarnost Ilia Iachine, présent dans la salle d'audience mercredi.

«On juge Navalny non pas à cause de Kirovles ou de son travail au sein de l'administration de la région de Kirov. Il est évident que c'est à cause de ses activités d'opposition, car il est devenu le principal opposant à Vladimir Poutine», a-t-il lancé.

Orateur efficace lors des manifestations anti-Poutine, pourfendeur de la corruption via des révélations retentissantes publiées sur l'internet, M. Navalny, 36 ans, est devenu l'un des meneurs de la contestation née en 2011 pour dénoncer les fraudes lors des législatives remportées par le parti de M. Poutine, Russie Unie.

La perspective d'une condamnation n'a en rien entamé son caractère offensif: il a affirmé que le régime russe allait s'écrouler dans «pas plus de deux ans», annoncé son ambition de devenir président et promis de mettre alors en prison M. Poutine et ses amis.

En attendant, M. Navalny va devoir affronter la justice dans de multiples affaires, ses démêlés judiciaires ne s'arrêtant pas, loin de là, à l'affaire Kirovles.

Au lendemain de la courte première audience du procès de Kirov, il a appris qu'une nouvelle enquête pour escroquerie était ouverte contre lui et son frère Oleg.

Tous deux sont accusés d'avoir causé un préjudice de quelque 95 000 euros (près de 127 000 $) à une entreprise à laquelle ils auraient facturé «à des prix surévalués» leurs services d'intermédiaire pour le transport de marchandises.

Là aussi, la peine maximale prévue est de dix ans de camp.

L'opposant est par ailleurs accusé d'avoir détourné 2,5 millions d'euros (3,3 millions de dollars) appartenant à un parti politique libéral. Il a été aussi inculpé d'escroquerie et blanchiment d'argent dans une autre affaire impliquant là aussi son frère.

En février, il a été accusé d'avoir usurpé son statut d'avocat en fournissant de fausses informations.

L'ex-magnat du pétrole emprisonné Mikhaïl Khodorkovski a estimé dans une tribune publiée mercredi par le quotidien Vedomosti que le but du procès Navalny était «d'effrayer et de démoraliser les opposants et les électeurs actifs politiquement, et de présenter la protestation pacifique et la lutte pour le pouvoir (...) comme quelque chose de marginal et d'extrémiste».

De fait, l'opposition qui avait pu mobiliser des centaines de milliers de manifestants en 2012 semble en perte de vitesse, soumise à une pression sans précédent ces derniers mois.