L'ancienne première ministre britannique Margaret Thatcher est décédée lundi à Londres à l'âge de 87 ans, d'un accident vasculaire cérébral, a indiqué son porte-parole.

Mis à jour le 8 avr. 2013
AGENCE FRANCE-PRESSE

«C'est avec une grande tristesse que Mark et Carol Thatcher annoncent que leur mère, la baronne Thatcher, est morte paisiblement ce matin, à la suite d'une attaque», a déclaré Lord Tim Bell.

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«Nous avons perdu une grande dirigeante, une grande première ministre et une grande Britannique», a déclaré dans un communiqué l'actuel premier ministre David Cameron, membre comme Margaret Thatcher du Parti conservateur, soulignant sa «grande tristesse». M. Cameron écourte sa tournée européenne pour regagner Londres, a annoncé un porte-parole du gouvernement.

La reine Élisabeth II a été «triste d'apprendre cette nouvelle», a également indiqué le Palais de Buckingham dans un communiqué, précisant qu'elle allait envoyer un «message de sympathie» à sa famille.

L'ex-dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev (1985-1991), qui a bien connu Mme Thatcher, a rendu hommage à l'ex-première ministre, saluant une «grande personnalité politique» qui «restera dans l'histoire».

Le président Barack Obama a salué lundi la mémoire de Margaret Thatcher, estimant que l'ancienne première ministre britannique avait été une «vraie amie» des États-Unis.

«Avec le décès de la baronne Margaret Thatcher, le monde perd l'un des grands avocats de la liberté et les États-Unis perdent une vraie amie», a affirmé M. Obama dans un communiqué, en honorant l'engagement de l'ancienne dirigeante vis-à-vis de l'alliance américano-britannique.

Une cérémonie, mais pas d'obsèques nationales

Une cérémonie de funérailles sera organisée à la cathédrale St Paul pour l'ancienne première ministre Margaret Thatcher, qui n'aura par conséquent pas d'obsèques nationales, a annoncé Downing Street.

«Downing Street est en mesure d'annoncer, que, avec le consentement de la reine, Lady Thatcher aura une cérémonie de funérailles avec les honneurs militaires», a indiqué un porte-parole, précisant que la cérémonie aurait lieu à la cathédrale St Paul à Londres et qu'elle serait suivie d'une «crémation en privé».

Seule femme à avoir été premier ministre au Royaume-Uni et personnalité majeure de la vie politique du XXe siècle dans ce pays, Margaret Thatcher ne faisait plus que de rares apparitions.

Atteinte de la maladie d'Alzheimer et affaiblie physiquement, elle ne s'exprimait plus en public depuis 2002, sur les conseils de ses médecins, après avoir été victime de plusieurs attaques cérébrales.

Elle avait été hospitalisée en décembre pour subir l'ablation d'une tumeur à la vessie, une opération alors qualifiée de «mineure» par son entourage.

«Un jour merveilleux»

«C'est un jour merveilleux. Je suis ravi», a confié lundi à l'AFP David Hopper, responsable régional du syndicat des mineurs (NUM) dans le nord-est de l'Angleterre, en réaction à l'annonce du décès de Margaret Thatcher.

«Je bois un verre en ce moment précis. C'est un jour merveilleux. Je suis ravi. C'est mon 70e anniversaire aujourd'hui et c'est l'un des meilleurs de ma vie», s'est félicité le responsable du syndicat des mineurs (NUM).

«Thatcher a fait plus de mal dans le nord-est que qui que ce soit d'autre. Il ne s'agit pas seulement des mines de charbon. Elle a entrepris de détruire les syndicats. Elle a décimé l'industrie, détruit nos communautés», a-t-il fulminé. «L'Angleterre importe maintenant 40 millions de tonnes de charbon chaque année. C'est absolument scandaleux».

«Nous essayons d'organiser une fête tous ensemble le jour de ses funérailles. Il n'y aura pas beaucoup de larmes qui vont couler pour elle par ici. Je ne pense pas non plus que beaucoup regarderont les funérailles à la télé, ils regarderont sans doute du foot (soccer)», a-t-il ajouté.

Depuis 1985, près de 230 000 mineurs ont perdu leur travail et 165 mines ont été fermées par le gouvernement conservateur de Margaret Thatcher, après un bras de fer d'un an entre la première ministre et les mineurs en grève.

Margaret Thatcher a dirigé le Royaume-Uni à la tête du Parti conservateur entre 1979 et 1990.

Elle était devenue la première femme à occuper le poste de premier ministre du pays.

Sa politique étrangère fut notamment marquée par la guerre des Malouines en 1982, où Mme Thatcher n'avait pas hésité à recourir à la force pour récupérer les îles (appelées Falklands par les Britanniques) dont l'Argentine avait pris possession.

Le conflit armé, qui a duré trois semaines (21 mai au 14 juin), a fait 293 morts côté britannique contre 712 côté argentin.

La Dame de fer

La «Dame de fer» aura su remodeler le Royaume-Uni avec un libéralisme économique intransigeant et rétabli le prestige international du pays.

Son regard bleu acier perçant symbolisait une force de caractère sans faille. Le personnage ne fut sans doute jamais mieux saisi que par elle-même, lorsqu'elle lâcha : «Je suis pour le consensus. Le consensus sur ce que je veux faire».

Ce refus exacerbé du compromis, au service de principes profondément ancrés - conservatisme social, libéralisme économique, idée de la grandeur de son pays -, ne s'est jamais démenti en onze années d'exercice.

Ces convictions naissent certainement dans la stricte éducation prodiguée par un père méthodiste à la jeune Margaret Hilda Roberts, née le 13 octobre 1925, à Grantham (centre de l'Angleterre).

Devenue avocate après son mariage en 1951, elle rejoint les conservateurs, entre en 1959 à la chambre des Communes comme député de Finchley (nord de Londres), puis est entre 1970 et 1974 ministre de l'Éducation.

En 1975, elle prend la tête des tories et quatre ans plus tard terrasse des travaillistes usés. Elle devient la première femme premier ministre du pays, s'installant au 10 Downing Street jusqu'au 22 novembre 1990 : une longévité record au 20e siècle.

Un mot nouveau, le «thatchérisme» est popularisé. Pour relancer une économie qui a fait du pays le «malade de l'Europe», elle privatise à tout-va, fait baisser impôts et dépenses publiques et musèle les syndicats.

Mais la barre des 3 millions de chômeurs est dépassée, alors que la grève des mineurs au début des années 1980 se heurte à son intransigeance.

Elle cherche à rétablir le prestige de l'ex-Empire. La reconquête des îles Malouines en 1982 y contribue. Intime de Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev, elle tient aussi son rôle dans la fin de la Guerre froide.

Mais son caractère implacable se retourne contre elle. Le rejet de la «poll tax», cet impôt local qu'elle ne parvient pas à imposer, sonne sa fin. Contestée au sein même de son parti, elle démissionne les larmes aux yeux en novembre 1990.

La baronne Thatcher se retire alors dans le quartier cossu londonien de Belgravia pour rédiger ses mémoires et se retire définitivement de la scène politique en 2002 pour des raisons de santé.

En juin 2003, le décès de son époux Denis l'affecte profondément, comme plus tard les démêlés judiciaires de son fils Mark.

En décembre 2005, moins de deux mois après avoir célébré son 80e anniversaire dans un grand hôtel de Londres, en présence de la reine Élisabeth II, elle est hospitalisée après s'être plainte de faiblesses.

Sa fille Carol Thatcher révèlera en 2008 que sa mère souffre de démence sénile, oubliant parfois que son mari est mort.

Depuis, elle était restée en retrait, ne participant pas à la réception organisée à Downing Street par le premier ministre David Cameron pour son 85e anniversaire en 2010 ou aux célébrations du Jubilé de la reine Élisabeth II en 2012, pas plus qu'aux Jeux olympiques de Londres.

Hospitalisée lors des fêtes de fin d'année 2012, elle avait subi une opération d'une tumeur à la vessie et était depuis en convalescence.

-Avec la Presse canadienne