Les autorités suisses savaient depuis 1942 que les juifs étaient poursuivis et exterminés dans les camps de concentration nazis, selon des documents diplomatiques inédits présentés dimanche soir par la télévision suisse-alémanique.    

Mis à jour le 28 janv. 2013
AGENCE FRANCE-PRESSE

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, des diplomates suisses ont récolté des centaines de lettres, télégrammes et rapports détaillés qui ont été adressés au gouvernement suisse à Berne.

Les autorités suisses ont également été informées de ces évènements par des photos, a ajouté la télévision suisse.

Selon Sascha Zala, directeur des Documents diplomatiques suisses (DSS), interrogé par la télévision suisse, «à partir de mai 1942, on peut prouver que les informations sur les assassinats de juifs sont arrivées jusqu'à Berne».

Malgré ces rapports, le gouvernement suisse avait décidé en août 1942 des renvois en masse de réfugiés étrangers civils, même s'ils pouvaient mettre leur vie en danger.

Quelques-uns de ces documents diplomatiques sont à présent disponibles sur internet.

Ces révélations ont été faites dimanche, journée internationale dédiée à la commémoration des victimes de l'Holocauste.

À cette occasion, le président en exercice de la Confédération, Ueli Maurer, a publié un message où il a rappelé le rôle de «refuge» de la Suisse «durant cette période sombre pour le continent européen».

Ueli Maurer a décrit la Suisse comme «un pays de liberté régi par le droit grâce à l'engagement d'une génération entière de femmes et d'hommes courageux». En maintenant son indépendance, elle est devenue «un refuge pour de nombreuses personnes menacées et traquées», a-t-il ajouté.

Dans une entrevue à la radio suisse-romande lundi, l'historien suisse Hans-Ulrich Jost a déclaré que «ce ne sont pas des nouveaux documents, mais il est vrai qu'il y a une sorte de résistance ou de refoulement d'accepter la mémoire de cette période troublante».

«C'est le devoir des historiens de montrer les résultats de leurs recherches et de rappeler des faits qui ne sont pas toujours agréables pour la Suisse», a-t-il ajouté.

Selon lui, il faut que les Suisses «assument des zones d'ombre de leur passé, et il y a toujours des personnes qui refusent d'accepter cela».

En 2002, la Suisse a publié le rapport d'une commission d'enquête sur son rôle pendant la Deuxième Guerre mondiale. Ce document de plus de 10 000 pages, appelé rapport Bergier du nom de son président, l'historien Jean-François Bergier, concluait notamment que le gouvernement et une partie de l'industrie suisse avaient été trop loin dans leur coopération avec le régime nazi.

Lundi, trois associations israélites suisses ont protesté contre le message du président suisse Maurer.

La Fédération suisse des communautés israélites (FSCI), la Plateforme des juifs libéraux de Suisse (PJLS) et la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (CICAD) ont déploré notamment que le président suisse «ait présenté les choses de manière simpliste et uniquement positive».

Les associations ont aussi rappelé qu'un ancien président de la Confédération, Kaspar Villiger, avait présenté en 1995 ses excuses pour la politique suisse à l'égard des réfugiés.

Elles ont enfin regretté que le président suisse «n'ait pas jugé utile d'approfondir la remise en question critique et indispensable de la Suisse avec son propre passé, en particulier de sa politique à l'égard des réfugiés».