La construction projetée de longue date d'un aéroport dans le nord-ouest du pays est en voie de se transformer en cauchemar pour le gouvernement français, qui peine à imposer sa volonté à des opposants déterminés.

Au cours des derniers jours, des centaines de gendarmes ont croisé le fer avec les occupants du lieu du futur aéroport à Notre-Dame-des-Landes, dans une zone agricole voisine de Nantes, sans réussir à venir à bout de leur résistance.

Vendredi, les forces de l'ordre, qui intervenaient pour forcer l'évacuation de plusieurs centaines de personnes occupant des bâtiments de fortune, ont été la cible de jets de cailloux et de bouteilles. Les policiers ont répondu par des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes avant de procéder à une dizaine d'arrestations.

Une manifestation, qui s'est déroulée à Nantes le lendemain devant les bureaux de la préfecture, a été dispersée avec des canons à eau.

Hier matin, un nouveau face à face tendu s'est produit au sein de la «zone d'aménagement différé» d'environ 2000 hectares réservée pour l'aéroport, qui a été renommée «zone à défendre» par les squatteurs installés sur place depuis longtemps.

Dominique Fresneau, qui préside l'ACIPA, principale organisation en lutte contre le projet, estime que le gouvernement a tenté de diviser les opposants en recourant à la manière forte. «Mais c'est plutôt l'inverse qui est survenu. La solidarité a joué à plein», indique-t-il.

Tentative de dialogue

Les opposants - qui regroupent des agriculteurs, des écologistes, des associations citoyennes ainsi que des «anarchistes» à la recherche d'un nouveau mode d'organisation social - disent faire peu de cas de l'annonce, samedi, par le premier ministre Jean-Marc Ayrault de la création d'une «commission de dialogue». Ou du report de la phase de défrichement qui devait commencer dans quelques mois.

«Il veut jouer les pompiers après avoir allumé des feux un peu partout», déplore M. Fresneau, qui souhaite un «moratoire complet» et une remise à plat de l'ensemble du projet.

Un dossier délicat

La construction du nouvel aéroport est un enjeu délicat pour le premier ministre, un ancien maire de Nantes qui défend de longue date la nécessité de nouvelles infrastructures pour remplacer l'aéroport existant et soutenir le développement économique de la région.

Après avoir annoncé, samedi, la création de la nouvelle commission, le gouvernement est revenu à la charge en précisant qu'il n'était pas question de renoncer au projet. «On en est aujourd'hui à l'étape de la mise en oeuvre», a déclaré la porte-parole, Najat Vallaud-Belkacem.

Le dossier exacerbe les tensions existantes entre les dirigeants socialistes du pays et leurs alliés écologistes, qui ne se gênent pas pour critiquer ouvertement le projet. Plusieurs élus d'Europe Écologie-Les Verts ont manifesté à Notre-Dame-des-Landes à la mi-novembre en présence de dizaines de milliers de personnes, ce qui a placé les ministres issus de leurs rangs dans une position plus qu'inconfortable.

Pour Dominique Fresneau, le nouvel aéroport n'a «plus aucune raison d'être». Les problèmes de saturation et de sécurité des installations existantes qui sont traditionnellement évoqués pour le justifier ne sont pas fondés, note le président de l'ACIPA. L'association s'inquiète de la perte de biodiversité devant découler du projet. Elle redoute aussi les conséquences sur les conditions de vie des habitants à proximité.

À ces considérations plus générales s'ajoutent des préoccupations plus personnelles, puisque son propre père, agriculteur, est menacé d'expulsion.

M. Fresneau se dit convaincu que le gouvernement devra ultimement renoncer devant la détermination des opposants. «Le moral est bon. C'est un peu usant, mais on peut encore tenir très longtemps comme ça», souligne-t-il.