Les Irlandais, qui ont voté hier sur l'opportunité de ratifier un nouveau traité européen d'union budgétaire mis de l'avant pour endiguer la crise de l'euro, étaient partagés entre peur et colère.

Marc Thibodeau LA PRESSE

Le résultat du référendum, dont l'annonce est prévue aujourd'hui en fin de journée, indiquera lequel des sentiments a dominé dans l'urne, indique Gail McElroy, professeur de science politique au Trinity College de Dublin.

L'analyste s'attendait hier à ce que le vote confirme la victoire du Oui prédite par les sondeurs, mais avec un score potentiellement moins élevé que les 60% avancés dans les dernières études.

«Les gens n'entretiennent pas l'illusion qu'un Oui mettrait fin à la crise, mais ils ont peur qu'une victoire du Non envoie le mauvais signal», a déclaré Mme McElroy lors d'une entrevue téléphonique.

Selon elle, le vote est divisé entre les classes moyenne et aisée, plutôt favorables au traité, et les classes ouvrières, qui ont été durement touchées par les mesures d'austérité imposées au cours des dernières années pour tenter de redresser le pays.

L'Irlande avait été durement touchée par la crise du crédit de 2008. Le gouvernement avait été appelé à nationaliser en catastrophe plusieurs banques touchées par l'écrasement du marché immobilier, ce qui a entraîné une explosion de son endettement.

L'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI) ont volé au secours de Dublin en 2010 en avançant une aide de 85 milliards d'euros qui s'est accompagnée d'un plan d'austérité de 15 milliards d'euros sur quatre ans.

Le nouveau traité européen, qui doit être ratifié par 12 des 17 pays de la zone euro pour devenir effectif, impose aux États signataires de se conformer à de sévères objectifs budgétaires sous peine de sanctions automatiques. Seuls les pays qui le ratifient pourront être soutenus par les 500 milliards d'euros prévus pour le nouveau mécanisme européen de stabilité (MES).

Position fragile

Bien que l'économie irlandaise ait recommencé à croître et que le déficit ait sensiblement diminué après avoir atteint 32% du PIB en 2010, nombre d'analystes pensent que le pays ne sera pas suffisamment avancé dans ses efforts d'assainissement pour recommencer à se financer comme prévu sur les marchés financiers en 2014.

Le gouvernement de coalition a fait valoir durant la campagne qu'il serait insensé pour les Irlandais de se priver du soutien éventuel de ce fonds en rejetant le traité.

Le Sinn Féin, devenu le principal parti de l'opposition du pays, a sommé pour sa part ses compatriotes de ne pas se laisser guider par la peur.

«Je demande aux citoyens de l'Irlande de ne pas se laisser intimider, de ne pas abandonner leurs droits démocratiques, de ne pas abandonner leur droit de regard sur les mesures économiques du pays», a déclaré le leader du parti, Gerry Adams.

Selon Mme McElroy, le camp du Non a cherché à tirer profit du fait que le nouveau président français, François Hollande, tente d'obtenir que le traité soit modifié pour inclure des mesures de croissance.

«Le gouvernement a rapidement réglé la question en disant que le traité ne serait pas modifié et qu'il y aura peut-être ultimement un ajout qui ne change rien au texte initial», a noté la chercheuse.

Selon le Center for European Reform, une victoire du Oui en Irlande donnerait un nouvel élan à la chancelière allemande Angela Merkel, qui défend bec et ongles le recours à l'austérité.

Une victoire du Non, à l'inverse, donnerait de nouveaux arguments à François Hollande dans sa quête de réformes et alimenterait la fronde contre l'austérité dans des pays comme la Grèce et l'Espagne, aujourd'hui au bord du gouffre.