Après des années derrière les barreaux, en France et aux États unis, Christophe Rocancourt, «l'arnaqueur des stars» qui a berné le tout-Hollywood, comparaît vendredi à Paris devant la justice, cette fois pour abus de faiblesse sur une cinéaste française.

Publié le 17 févr. 2012
Dorothée Moisan AGENCE FRANCE-PRESSE

Christophe Rocancourt, 44 ans, condamné en 2003 aux États-Unis pour escroquerie après s'être fait passer auprès de stars pour un Rockefeller ou le fils caché de l'actrice italienne Sophia Loren, est jugé en correctionnelle, accusé d'avoir extirpé 703 000 euros (921 000 $) à la cinéaste Catherine Breillat.

La réalisatrice, connue pour ses films crus sur la sexualité (Romance ou Anatomie de l'enfer), l'accuse d'avoir profité de son état après un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2005 ayant entraîné une hémiplégie, des crises d'épilepsie et des troubles d'écriture et de calcul.

C'est en 2007 que la sexagénaire rencontre celui qu'elle décrit comme un personnage de roman «beau mec» mais «voyou». Elle lui propose un rôle dans un projet de film, Bad Love, et lui confie l'écriture d'un scénario intitulé La vie amoureuse de Christophe Rocancourt. À la signature du contrat, elle lui remet 25 000 euros (environ 33 000 $).

En un an et demi, Catherine Breillat signera douze autres chèques à son ordre. Le 20 avril 2009, elle finit par porter plainte pour abus de faiblesse contre Christophe Rocancourt.

Vendredi, le tribunal correctionnel de Paris avait fort à faire pour décrypter la relation confuse entre «l'arnaqueur des stars» et sa victime présumée. Ici ils se vouvoient, là ils se tutoient. Ici elle s'apitoie, là elle lui sourit. Ici il dit qu'il ne pouvait l'abandonner, là il se moque d'elle.

«Christophe Rocancourt était devenu mon meilleur ami, celui qui disait qu'il s'occuperait de moi», a raconté Mme Breillat, visiblement fatiguée et lourdement handicapée.

«Je suis vouée au fauteuil roulant à court terme», a-t-elle dit. «Moi, il faut qu'on s'occupe de moi (...). Il se présentait comme un fils et moi comme la mère qu'il n'avait pas eue.»

Catherine Breillat a expliqué lui avoir donné l'argent qu'il lui réclamait parce qu'il disait avoir «des problèmes de trésorerie».

Face à elle, Christophe Rocancourt, col roulé noir et chevelure soignée, a reconnu avoir touché les 703 000 euros. Mais, a-t-il assuré de sa voix rauque, c'était en vertu d'un «deuxième contrat», prévoyant une rémunération de 900 000 euros (1 178 000 $) pour qu'il tienne le premier rôle dans Bad Love.

«Elle m'a fait des avances sur le film», a-t-il expliqué, et «je lui ai toujours dit, si le film ne se faisait pas, ça se transformait en prêt».

Cet argent, «je l'ai dépensé», a-t-il assuré, «je ne vous cache pas les choses». «Je suis un mauvais gestionnaire, je suis dépensier.»

 

Mais, lui a fait remarquer le président Olivier Géron, aucun exemplaire de ce contrat ne figure au dossier.

Trois témoignages recueillis durant l'enquête attestent de la vulnérabilité de Catherine Breillat.

Doué pour ses talents de conteur, Rocancourt est connu pour ses arnaques et son goût des stars.

Très jeune, cet orphelin se met à voler l'argent de la quête dans les églises. Puis dans une bijouterie à Genève, après plusieurs arnaques à Paris, où il fréquente déjà la jet-set, et qui lui valent sa première incarcération en 1991.

À sa sortie de prison, il débarque à Los Angeles, «baragouinant l'anglais». Il se fond avec aisance dans le monde du show-business et du cinéma, côtoie ou approche Michael Jackson, Elton John, Meryl Streep, et devient un intime de Mickey Rourke.

Menant grand train au volant d'une Ferrari entre L.A. et New York, il sera condamné à cinq ans de prison aux États-Unis pour avoir soutiré des millions de dollars à des producteurs ou des milliardaires. Jusqu'à 43 millions, selon certaines estimations.

En 2002, il a publié son autobiographie, Moi, Christophe Rocancourt, orphelin, play-boy et taulard, un succès d'édition mondial.