Pour espérer affronter Vladimir Poutine à la présidentielle du 4 mars, il faut se lever tôt. La tâche est herculéenne: les candidats indépendants ont 25 jours pour rassembler deux millions de signatures d'appui, et ce, en plein congé des Fêtes. Le chiffre magique semble tellement impossible à atteindre que certains s'adonnent à l'imitation de signatures.

Mis à jour le 11 janv. 2012
Frédérick Lavoie, collaboration spéciale LA PRESSE

La vidéo a fait le tour de l'internet russophone au cours des derniers jours: dans un amphithéâtre d'une université de Moscou, des scribes s'adonnent à un travail de moine. Attablés devant des montagnes de papier, ils recopient les noms et adresses de citoyens des quatre coins du pays avant de leur improviser une signature.

C'est ainsi que le gouverneur d'Irkoutsk Dmitri Mezentsev, un fidèle de Vladimir Poutine, rassemble les «appuis» à sa candidature présidentielle. Une candidature qui est largement perçue comme un moyen de donner une apparence de pluralité à un scrutin joué d'avance en faveur du tout-puissant premier ministre.

Derrière la caméra de son téléphone portable, l'opposant Igor Drandine exige des explications de la part des copieurs. «Qu'est-ce que vous faites? Combien êtes-vous payés pour cela?» Ceux-ci gardent le silence, se cachant le visage tout en poursuivant leur tâche. Après quelques minutes, l'intrus est finalement chassé de la salle par la force.

Le gouverneur Mezentsev assure pour sa part qu'il n'y a pas eu malversation: les gens dans l'auditorium ne faisaient qu'assister à une «séance d'instruction pour la collecte de signatures», a-t-il affirmé lundi à la radio Écho de Moscou.

Conduit par des «sources anonymes» jusqu'au lieu du crime, Igor Drandine ne démord pas de sa version. Mais le vice-président de l'organisation Choix démocratique n'est pas dupe: les chances pour que sa vidéo mène à l'annulation de la candidature fantoche de Mezentsev sont minces. «Nous comprenons que c'est une question politique et non juridique.»

Lois resserrées

Depuis l'arrivée au pouvoir de Poutine en 2000, les lois électorales ont été constamment resserrées, au point où l'enregistrement d'un parti politique ou d'une candidature présidentielle est devenu presque impossible. Le pouvoir a cependant promis d'alléger le processus. À la prochaine présidentielle dans six ans, les candidats indépendants n'auront plus qu'à rassembler 300 000 autographes.

Les candidats des partis représentés à la Douma (Chambre basse), comme Vladimir Poutine, sont déjà dispensés de la procédure. Le milliardaire Mikhaïl Prokhorov et le libéral Grigori Iavlinski ont indiqué avoir déjà amassé plus de la moitié des signatures nécessaires et avoir bon espoir d'atteindre l'objectif d'ici à la date limite du 18 janvier. Mais une «irrégularité» est si vite trouvée pour disqualifier les indésirables...