François Hollande a réussi sa spectaculaire mue politique dimanche en remportant le second tour de la primaire socialiste française avec une confortable avance sur son adversaire Martine Aubry.

Mis à jour le 16 oct. 2011
Marc Thibodeau LA PRESSE

L'ancien premier secrétaire de la formation de gauche, entré en campagne il y a un an alors que personne ne croyait à ses chances, a couronné sa montée en puissance en se méritant plus de 56% des voix contre 44% pour l'ex-ministre.

«Je veux offrir à la jeunesse de France une vie meilleure que la nôtre: c'est le rêve français que je veux réenchanter», a-t-il lancé en fin de soirée devant des partisans enthousiastes au siège du parti rue de Solférino à Paris.

La «vraie bataille» commence maintenant en vue de remporter le scrutin présidentiel de 2012, a averti le vainqueur.

«Demain, nous avons une autre bataille, qui n'a rien à voir avec celle que nous avons vécue. (...) Nous aurons deux adversaires: la droite et l'extrême droite», a-t-il lancé avant de poser pour les caméras avec plusieurs des candidats défaits.

Il a profité de l'occasion pour tendre la main à Martine Aubry, qui avait multiplié les déclarations agressives à son encontre entre les deux tours dans l'espoir de rattraper le terrain perdu face.

Après l'avoir qualifié de représentant de la «gauche molle» et de «candidat du système», la politicienne s'était fait reprocher par l'entourage de M. Hollande d'user de la rhétorique de la droite, voire même de l'extrême droite.

La Haute autorité de la primaire, chargée de veiller au bon déroulement du scrutin, avait cru nécessaire d'intervenir pour demander aux deux candidats «d'éviter les pièges du dénigrement et l'inévitable enchaînement des polémiques».

Martine Aubry avait voulu se montrer rassurante samedi à ce sujet en dressant un parallèle avec le monde du rugby. Les joueurs «se cognent dessus beaucoup plus fort que nous pendant deux mi-temps... et puis ensuite à la troisième mi-temps, ils font la fête ensemble», a-t-elle déclaré.

Appel à la réconciliation

Pour illustrer ses dires, elle n'a pas mis de temps à saluer la performance de son adversaire, intervenant avant même la confirmation officielle de sa victoire.

«François Hollande est ce soir notre candidat. Je mettrai toute ma force pour qu'il soit dans sept mois le président de la République», a déclaré la politicienne, qui retrouve sa fonction de première secrétaire de la formation socialiste.

Peu de temps avant son intervention, l'ex-conjointe du vainqueur, Ségolène Royal, s'était félicitée de sa «forte avance» et de la «forte participation» au scrutin, relevant qu'ils lui confèrent une double légitimité pour concourir au scrutin ultime.

L'ex-candidate présidentielle, qui avait été très affaiblie par les tiraillements au sein du Parti socialiste en 2007, a lancé un appel à la «réconciliation» en relevant que «seule l'unité» peut assurer la victoire de la gauche au scrutin de 2012.

Le secrétaire général du parti de la majorité, Jean-François Copé a assuré pour sa part que Français Hollande aurait dû obtenir entre «65 et 70%» des voix du second tour après avoir reçu le soutien des candidats défaits au premier tour.

Embarras à droite

La tenue de la primaire - une première pour le Parti socialiste - et l'engouement manifesté par le public constituent une source d'embarras pour les partisans du président Nicolas Sarkozy, désigné de facto comme candidat de l'UMP pour le prochain scrutin.

Reflétant un sentiment largement partagé, le ministre Xavier Bertrand a reconnu que la primaire était «en train de trouver sa place dans la société française» et risquait de s'imposer aussi à la droite à l'avenir.

Pour l'année prochaine, «nous avons le rassemblement autour du président», a-t-il assuré en parlant du chef d'État, qui a vu sa cote de popularité baisser sous la barre des 30% en octobre.

L'UMP entend reprendre l'initiative au cours des prochains jours en attaquant le programme du Parti socialiste, qui prévoit plusieurs mesures coûteuses comme le rétablissement de l'âge de la retraite à 60 ans, la création de 300 000 emplois jeunes et le remplacement de milliers de postes de la fonction publique sabrées au cours des dernières années.

«Avec leurs propositions, on ne pourrait pas rester dans la zone euro», a déclaré le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, en évoquant les limites déficitaires imposées par l'Union européenne.

La dirigeante du Front National, Marine Le Pen, qui pourfend les partis traditionnels en les assimilant l'un à l'autre, s'est gaussée de la victoire de François Hollande, le qualifiant de «Chirac de gauche» en référence à l'ex-président Jacques Chirac.

La politicienne d'extrême droite a déclaré que le candidat socialiste n'avait pas l'envergure requise pour occuper la fonction présidentielle et répondre aux attentes des Français, durement secoués par la crise économique.