Dix parlementaires britanniques vont mettre sur le gril mardi les Murdoch père et fils et une de leurs fidèles, Rebekah Brooks, pour tenter d'y voir plus clair dans le scandale des écoutes, lors d'une audition exceptionnelle, sous l'oeil des médias du monde entier.

Publié le 18 juill. 2011
Nathalie Auriol AGENCE FRANCE-PRESSE

La tâche s'annonce particulièrement délicate pour ces députés, issus de la majorité et de l'opposition.

D'ordinaire, ils sont chargés au sein de la Commission culture, médias et sport, de contrôler le fonctionnement de ces trois ministères, mais peuvent aussi «conduire des enquêtes» sur des sujets de leur choix, dans leur champ de compétence.

Si l'affaire des écoutes au sein du News of the World (NotW), un des tabloïds britanniques de l'empire de presse de Rupert Murdoch, en fait partie, ce rendez-vous, le dernier avant la fin de la session parlementaire, n'en est pas moins exceptionnel.

Le patron de News Corp., un des plus importants empires de presse au monde, et son fils James vont devoir répondre publiquement d'agissements au sein de leur groupe. Ouverte au public, la séance, qui débutera à 14h30, sera retransmise en direct.

«Cette audition est présentée comme l'une des plus importantes sessions jamais tenues par une commission parlementaire», notait The Independent on Sunday.

Pour y parvenir, la commission a dû taper du poing sur la table: après un premier refus des Murdoch, elle a eu recours à une procédure rarement utilisée, les convoquant en bonne et due forme.

Le président de la commission, le conservateur John Whittindgale, ancien conseiller de Margaret Thatcher, a promis une séance «calme», sans «lynchage», mais qui va «au fond des choses». Il pourra notamment s'appuyer sur le travailliste Tom Watson, dont la ténacité a contribué à mettre ce scandale sur la place publique.

«J'espère qu'ils (Les Murdoch) prendront l'affaire au sérieux et qu'ils nous donneront les réponses que nous, mais aussi je pense beaucoup de gens, veulent entendre», a prévenu John Whittindgale.

Les députés devraient notamment tenter de savoir qui était au courant et jusqu'à quel niveau, des écoutes téléphoniques pratiquées à grande échelle il y a quelques années par le NotW, aujourd'hui fermé.

Ils devraient également demander des explications à James Murdoch, qui avait admis que le groupe avait déclaré à tort un jour au Parlement qu'un seul journaliste était en cause.

Certains s'interrogent toutefois sur la pugnacité de cette commission, rappelant qu'en 2003, elle avait déjà entendu Rebekah Brooks, sans donner suite à ses déclarations fracassantes.

L'ancienne rédactrice en chef du NotW, devenue ensuite directrice de News International, la branche britannique du groupe dont elle a démissionné vendredi, avait pourtant lâché: «Nous avons payé la police pour des informations dans le passé», avant de se rétracter.

Il y a deux mois, avant que l'affaire des écoutes ne devienne un scandale national, John Whittindgale avait jugé que la commission «avait d'autres choses à faire que de rouvrir l'enquête».

Il s'est vu aussi accusé de compter la jeune femme et plusieurs membres du clan Murdoch parmi ses amis sur Facebook. «J'ai 570 amis sur Facebook», a-t-il rétorqué, arguant qu'il était amené à rencontrer dans le cadre de ses fonctions «toutes les personnalités importantes des médias».

Les députés vont marcher sur des oeufs, car ils ne doivent pas empiéter sur les prérogatives de la police. Un argument que n'a pas manqué de faire valoir Rupert Murdoch, demandant à la commission de «s'assurer que cette audition ne menacerait en rien les investigations en cours».

Or Rebekah Brooks, qui est un des pivots de l'affaire, a été interpellée dimanche, puis libérée sous caution.