La droite française, qui s'est régalée en privé de la chute très médiatisée de l'ancien héraut socialiste Dominique Strauss-Kahn dans une affaire d'agression sexuelle, se voit obligée de composer avec un scandale de nature similaire touchant l'un de ses membres.

Mis à jour le 30 mai 2011
Marc Thibodeau LA PRESSE

Après avoir tenté pendant plusieurs jours d'en minimiser la portée, le gouvernement a poussé hier à la démission le secrétaire d'État à la fonction publique, Georges Tron, craignant les contrecoups de ses ennuis judiciaires.

Le politicien de 53 ans, qui est aussi maire de Draveil, commune en Essonne, fait l'objet d'une enquête policière à la suite du dépôt de plaintes pour «harcèlement sexuel» par deux ex-employées.

Les femmes, de 34 et 36 ans, sont identifiées sous de faux noms dans les médias comme Laura et Éloïse. Elles affirment que leur ancien supérieur, adepte déclaré de réflexologie, une médecine douce basée sur le massage des pieds, a plusieurs fois utilisé cette technique avec elles lors de séances qui ont débouché sur des attouchements forcés.

Laura, qui est aujourd'hui sans emploi, affirme qu'elle s'était sentie réduite au rang de «jouet sexuel» par les actions de Georges Tron et a voulu s'enlever la vie pour en finir.

Bien qu'elle ait lancé des démarches plusieurs mois plus tôt, c'est l'éclatement de l'affaire touchant l'ex-directeur général du Fonds monétaire international qui l'aurait convaincue de la nécessité de porte plainte formellement.

«Quand j'ai vu qu'une petite femme de ménage est capable de s'attaquer à Dominique Strauss-Kahn, je me suis dit que je n'ai pas le droit de me taire. D'autres femmes subissent peut-être ce que j'ai subi. Je dois les aider. Il faut briser cette omerta», a-t-elle déclaré en entrevue au quotidien Le Parisien.

La crédibilité des plaignantes attaquée

Georges Tron se dit pour sa part victime d'une vendetta et met en cause la crédibilité des plaignantes dans la lettre de démission remise au président de la République, Nicolas Sarkozy.

«En ma qualité de simple citoyen, je ferai une affaire personnelle de faire reconnaître mon innocence en combinant les accusations vindicatives de deux anciennes collaboratrices dont l'une a été licenciée pour avoir détourné les fonds publics qui lui ont été confiés et l'autre a quitté ses fonctions en raison d'un comportement indigne», relève-t-il.

Écho médiatique

L'ex-secrétaire d'État dénonce le fait que les médias français aient donné un large écho aux allégations des plaignantes, faisant en sorte que ses concitoyens puissent le «considérer coupable avant même que [ses] droits aient pu commencer à être mis en oeuvre».

Selon le quotidien Le Monde, Éloïse s'est vu reprocher d'avoir dérobé une centaine d'euros dans la trésorerie de la commune, une affaire classée après qu'elle eut accepté de rembourser la somme.

Le «comportement indigne» supposé de Laura n'a pas été explicité par le secrétaire d'État démissionnaire, qui accuse le Front national d'avoir orchestré cette «camarilla» contre lui. Un beau-frère de la chef du parti, Marine Le Pen, est en conflit ouvert avec l'administration de la commune relativement à un projet immobilier.

Mme Le Pen affirme que Georges Tron cherche à «faire oublier les accusations dont il fait l'objet» en lançant des allégations gratuites contre sa famille. Elle avait demandé au cours des derniers jours que le politicien démissionne de ses fonctions pour éviter qu'il puisse faire pression sur d'éventuels témoins ainsi que sur les enquêteurs.

L'avocat Olivier Schnerb assure que son client n'a rien fait d'autre que des massages de pied. «Chacun sait», a-t-il déclaré, qu'il «suffit qu'une personne, jeune ou vieille, homme ou femme, lui demande des conseils en ce domaine, voire même de se livrer au massage de pieds pour qu'il en fasse la publicité ou la démonstration.»

Les allégations contre le secrétaire d'État devenaient une source d'embarras croissant pour la majorité gouvernementale, qui s'était réjouie dans les coulisses de l'impact que pouvait avoir l'affaire de Dominique Strauss-Kahn sur l'image du Parti socialiste en vue de l'élection présidentielle de 2012.

Plusieurs médias affirment que Nicolas Sarkozy se félicitait, hors micro, du fait que la formation de gauche venait de perdre la bataille de la «morale».