Montré avec une tigresse en pleine taïga, des cétacés ou des ours polaires, Vladimir Poutine affiche son engagement en faveur des espèces menacées, mais des experts dénoncent le sort réservé à certains animaux sous couvert de programmes scientifiques.

Mis à jour le 28 mars 2011
Maria ANTONOVA AGENCE FRANCE-PRESSE

La semaine dernière, c'est auprès d'un léopard des neiges que l'homme fort du pays, qui patronne des programmes de protection du tigre de l'Amour, de la baleine Beluga et de l'ours polaire, a été vu à la télévision publique.

En parka et chapka de fourrure, Vladimir Poutine était arrivé au guidon d'une motoneige dans une clairière enneigée où l'attendait dans une cage le léopard, auparavant équipé d'un émetteur GPS.

«Avant que l'on ne libère le léopard, Vladimir Poutine a tenu à s'assurer que tout était en ordre», avait expliqué la commentatrice.

Cet épisode, organisé avec des spécialistes d'un programme de l'institut Severtsov de Moscou, financé par le groupe pétrolier public Transneft, a suscité une polémique.

L'antenne russe du Fonds mondial pour la nature (WWF) a révélé que l'animal avait été capturé plusieurs jours auparavant dans une autre région et transporté en hélicoptère sur 160 kilomètres pour l'occasion.

Retirer l'animal de son milieu naturel était «criminel», a estimé dans un communiqué un programme pour la biodiversité financé par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), ajoutant que le marquage du léopard aurait dû prendre un quart d'heure.

L'institut Severtsov s'est défendu dans un communiqué, affirmant avoir dû garder l'animal en captivité pour soigner des blessures.

«Il était malade», a déclaré à l'AFP Dmitri Peskov, le porte-parole de M. Poutine, jugeant les accusations «sans fondement».

Mais Alexandre Bondarev, chef du programme financé par le Pnud, a mis en doute cette affirmation.

«C'est comme s'il (le léopard, ndlr) avait été guéri dès qu'il a vu le Premier ministre», a-t-il dit.

Un animal sauvage peut se briser les dents en captivité, or il n'y a qu'une centaine de léopards des neiges en Russie, et «chaque spécimen vaut de l'or», a souligné M. Bondarev.

Le programme de l'institut Severtsov, soutenu par le pouvoir russe, répertorie au total six espèces menacées de mammifères, dont plusieurs spécimens ont bénéficié ces dernières années d'une attention particulière de M. Poutine.

Au printemps 2010, le Premier ministre avait caressé un ours polaire endormi par des scientifiques pour le doter d'un collier émetteur.

Un autre épisode avait impliqué M. Poutine et un béluga.

En 2008, c'est avec une tigresse de l'Amour que l'ancien président avait été montré dans l'Extrême-Orient russe.

Une vidéo disponible sur le site du gouvernement le faisait apparaître en treillis de chasse, s'approchant d'un tigre pris dans un piège.

«Vladimir Poutine arrive sur les lieux juste au moment où la tigresse fait un bond», affirme le commentaire. Le Premier ministre lui tire alors une fléchette hypodermique «en plein dans l'épaule droite». Une fois l'animal endormi, il lui enfile un collier émetteur.

En réalité, le bruit a couru que la tigresse avait été transportée à partir du zoo de Khabarovsk, à 500 km de là, et endormie juste assez pour se réveiller au moment de l'arrivée de M. Poutine, a indiqué à l'AFP un spécialiste de l'espèce sous couvert de l'anonymat. Il a proposé de vérifier en comparant le dessin de la fourrure, unique chez chaque animal.

Alors que les programmes patronnés en haut lieu bénéficient d'un financement et d'une couverture médiatique, les spécialistes se plaignent de faibles salaires et de la réduction des effectifs sur le terrain depuis la suppression du Comité fédéral de protection de l'environnement, décidée par M. Poutine le 17 mai 2000, dix jours après son arrivée au Kremlin.