Un conseiller du Kremlin a émis mardi des doutes sur les charges retenues contre l'ex-magnat du pétrole Mikhaïl Khodorkovski avant l'énoncé du jugement, alors que d'ex-ministres européens dont Bernard Kouchner et David Miliband ont lancé un dernier appel au président russe.

Mis à jour le 14 déc. 2010
Olga Nedbaeva AGENCE FRANCE-PRESSE

Arkadi Dvorkovitch, conseiller économique de Dmitri Medvedev a déclaré à la BBC qu'il «aurait témoigné» au deuxième procès pour détournement de 218 millions de tonnes de pétrole comme l'avait fait Guerman Gref, ministre de l'Economie au moment des faits incriminés à M. Khodorkovski.

M. Gref convoqué comme témoin en juin a déclaré devant le tribunal qu'il n'aurait pas manqué d'être informé si un cinquième du pétrole produit par la Russie en un an avait été détourné lorsqu'il était ministre.

«Si j'avais été à la place de Gref ou de (Viktor) Khristenko (ministre de l'Industrie) qui avaient témoigné au procès, j'aurais dit la même chose qu'eux», a déclaré M. Dvorkovitch.

«J'ai travaillé comme vice-ministre de l'Economie (...) je n'ai eu aucune information sur du pétrole volé par la compagnie (Ioukos) ou par des représentants de cette compagnie», a-t-il poursuivi.

La justice russe entame mercredi l'énoncé du jugement dans le deuxième procès de M. Khodorkovski et de son principal associé Platon Lebedev, contre lesquels ont été requis 14 ans de camp.

Les deux hommes purgent depuis 2003 une peine de huit ans pour escroquerie à grande échelle et évasion fiscale.

Une dizaine de partisans de l'ex-patron du groupe pétrolier Ioukos, ont disposé dans la soirée 2.506 bougies, soit le nombre des jours qu'il a passés en prison, place Pouchkine, dans le centre de la capitale russe.

Les bougies étaient disposées de manière à écrire dans la nuit «Liberté à Mikhaïl Khodorkovski».

Dans une lettre ouverte publiée mardi à Londres par le Financial Times, une cinquantaine de personnalités politiques ont demandé au président russe Dmitri Medvedev un jugement équitable.

«Il est aujourd'hui possible de prouver par des actes que la Russie est un véritable Etat de droit», déclarent les signataires dont les ex-chefs de la diplomatie française Bernard Kouchner et britannique David Miliband.

L'un des avocats de M. Khodorkovski, Iouri Chmidt, a déclaré à l'AFP qu'il craignait le pire pour son client à l'issue d'un procès «kafkaïen» orchestré selon lui par l'homme fort du pays, l'actuel Premier ministre Vladimir Poutine.

«Les procédures contre Mikhaïl Khodorkovski et Platon Lebedev, qui durent depuis sept ans, nous préoccupent tout particulièrement», déclarent les auteurs de la lettre ouverte, qui a reçu également l'appui de députés, de l'intellectuel français André Glucksmann et de l'ancien secrétaire américain à la Sécurité nationale Richard V. Allen.

«Les observateurs objectifs (...) s'accordent à penser que les persécutions dont ils sont actuellement l'objet sont injustes et non motivées du point de vue légal», poursuit le texte.

Le président américain Barack Obama a qualifié en juillet de «bizarres» les nouvelles accusations contre MM. Khodorkovski et Lebedev.

Le chef de la diplomatie allemande, Guido Westerwelle, a déclaré en novembre que Berlin partageait «les inquiétudes» de la société civile russe.

Mikhaïl Khodorkovski s'est vu décerner lundi à Berlin un prix des droits de l'homme remis à la mère du prisonnier, Marina Khodorkovskaïa.

Mme Khodorkovskaïa a appelé mardi le juge russe à «faire preuve de courage».

Plusieurs stars du rock russe, dont Boris Grebenchtchikov, leader du groupe mythique Aquarium, ont eux aussi appelé mardi le président Medvedev à garantir une juste issue au procès de Mikhaïl Khodorkovski.