«Là, c'est mon lit, là c'est mon bureau»: Terry van der Zijden, 65 ans, prostituée néerlandaise, montre la photo qu'elle a prise de la chambre où elle gagne sa vie, exposée dans une galerie d'Amsterdam, à deux pas du quartier rouge.

Mariette Le Roux AGENCE FRANCE-PRESSE

«C'est un endroit multi-fonctionnel. C'est adapté aux relations sexuelles, mais c'est aussi là que je dors», dit-elle en parlant de la pièce décorée de plantes vertes où trône un lit aux draps vert pâle sur lequel sont posés des coussins.

Avec dix-neuf autres prostituées âgées de 20 à 65 ans, Terry van der Zijden, qui exerce dans son appartement du sud des Pays-Bas, a suivi un stage de photo en mars et juin à Amsterdam. Les photos de 12 d'entre elles, sur le thème «Voici mon lieu de travail», font l'objet d'une exposition.

En tailleur noir et rouge, chaussée de bottes en cuir rouge à hauts talons, la sexagénaire espère que cela contribuera à dissiper les préjugés dont souffre sa profession.

«Lorsque les gens pensent aux prostituées, ils ont certaines images en tête», raconte-t-elle. «Les prostituées ne sont pas seulement des filles qui se mettent sur le dos. Nous pouvons aussi être des photographes. Nous avons d'autres centres d'intérêt».

La formation, financée par les autorités néerlandaises, est une idée de Meetje Blak, ancienne prostituée à la tête du Fil rouge, une association de défense des intérêts des prostituées.

«Nous ne voulons pas encourager les femmes à quitter le métier, mais nous voulons qu'elles aient de nouvelles compétences pour pouvoir s'arrêter le jour où elles en auront envie», explique-t-elle à l'AFP.

Meetje Blak s'est prostituée pendant 25 ans, jusqu'en 1995, avant de devenir photographe professionnelle. Les filles, dit-elle, ont du mal à arrêter: «elles n'arrivent pas à mettre de l'argent de côté, sont peu qualifiées et vivent dans un cocon, qui est difficile à quitter».

«Je leur ai demandé de photographier leur lieu de travail : le résultat était si bon que nous avons décidé de l'exposer», explique la responsable du Fil rouge.

Au final, cinquante photos: des hommes qui arpentent les rues en quête de sexe, une trace de rouge à lèvres sur une tasse à café, des fouets, des accessoires en cuir, des chaînes...

«Je sais à quel point les gens sont curieux, c'est bien qu'ils puissent voir ce qu'il y a à l'intérieur, qu'ils aient une idée de ce qui se passe là-dedans, pour mieux comprendre», souligne une autre photographe amatrice, Willy van der Sloot, 57 ans, une ancienne prostituée qui dirige une maison de passe à Amsterdam.

Longtemps tolérée, la prostitution n'a été légalisée qu'en 2000 aux Pays-Bas où les prostituées, au nombre de 25 000 selon le Fil rouge, paient impôts et cotisations sociales. Elles sont installées dans des vitrines - plus de 300 dans le quartier rouge d'Amsterdam -, dans des maisons de passe, des appartements privés, des boîtes de nuit, des salons de massage...

Plusieurs centaines de personnes ont déjà visité l'exposition, installée dans la galerie Vriend van Bavink inaugurée le 3 novembre, selon son propriétaire, Ruben Bunder. «Devant le succès, nous avons décidé de la prolonger d'une semaine, jusqu'au 3 décembre», raconte-t-il.

Une douzaine de photos ont déjà été vendues, jusqu'à 400 euros pièce. Les bénéfices des ventes seront versés au Fil rouge.