La Belgique regarde dimanche sa «mort en direct» dans une émission de télévision spéciale sur l'impact d'un éclatement du pays, un programme retransmis tant chez les Flamands que les francophones, une première, qui confirme que la question n'est plus taboue dans l'opinion.

Publié le 21 nov. 2010
Yacine Le Forestier AGENCE FRANCE-PRESSE

Qu'adviendrait-il de Bruxelles, du roi Albert II, de l'armée, de la dette nationale ou de la sécurité sociale ?

 

Ces questions devaient être abordées dimanche soir, à partir de 20H10 (19H10 GMT), dans une édition spéciale du magazine d'actualité de la télévision publique belge néerlandophone VRT, baptisée Plan B.

L'émission, fait exceptionnel, sera simultanément retransmise sur une chaîne de l'équivalent francophone de la VRT, la RTBF, avec sous-titres en français.

Elle rappelle par le thème choisi une «vraie-fausse» fiction retentissante sur la scission du pays, Bye-Bye Belgium», diffusée fin 2006 par la RTBF.

Tournée comme s'il s'agissait d'un journal télévisé en direct annonçant la proclamation unilatérale d'indépendance par la Flandre, l'émission avait fait croire à des centaines de milliers de téléspectateurs, par le biais de faux reportages, que la messe était dite.

Il n'en est rien cette fois. L'émission entend regarder la réalité en face et donner la parole à 11 universitaires qui ont «calculé combien la scission coûterait et qui en seraient les gagnants et les perdants», explique le journaliste auteur du programme, Ivan De Vadder.

«Il ne s'agit pas ici de prendre des positions, mais de voir, froidement, si une scission de la Belgique peut être réalisée. Est-ce faisable ?», a expliqué le journaliste aux médias de son pays.

«Personne ne sera heureux», prévient-il. «Les radicaux trouveront que nous ne sommes pas allés assez loin, alors que les partisans d'une Belgique unie estimeront que le simple fait de produire pareil documentaire va déjà beaucoup trop loin», a-t-il ajouté.

Le simple fait que la télévision belge décortique la question montre l'évolution qu'a connue l'opinion depuis que la crise politique nationale s'est brusquement envenimée en 2007 à la suite de revendications autonomistes plus dures de la part de la Flandre.

La fin de la Belgique n'est plus réservée à l'extrême droite flamande ou à une poignée de «rattachistes» wallons rêvant d'une union avec la France.

La victoire d'un parti flamand séparatiste aux dernières élections législatives de juin, la N-VA, est passée par là. Depuis, le pays n'a toujours pas réussi à se doter d'un nouveau gouvernement.

Les francophones auraient clairement le plus à perdre économiquement d'une scission.

En termes de richesse par habitant (impôts sur le revenu) et par rapport à une moyenne nationale à 100, la Flandre se situe aujourd'hui à 109%, selon les statistiques officielles.

La Wallonie n'est qu'à 87% et la ville-Région de Bruxelles, entourée par la Flandre, mais très majoritairement francophone, est encore plus pauvre (86%).

Entre le partage de la dette fédérale et le maintien des institutions européennes en Belgique, les problématiques découlant d'un éclatement sont inextricables.

Et puis il y a le cas de Bruxelles.

La Flandre seule a de l'avis de la plupart des experts les moyens de son indépendance. Côté francophone en revanche, seule une alliance entre la Wallonie et Bruxelles serait économiquement réaliste. Mais les deux zones ne sont pas reliées entre elles, les Bruxellois se sentent différents des Wallons et les Flamands considèrent la ville comme faisant partie intégrante de leur territoire.