La Russie a annoncé mercredi le déploiement de missiles de défense antiaérienne S-300 en Abkhazie, une république séparatiste de Géorgie, une décision dénoncée par Tbilissi qui a jugé que l'OTAN était directement concernée par une menace sur l'équilibre des forces dans la région.

Mis à jour le 11 août 2010
Olga Nedbaeva AGENCE FRANCE-PRESSE

Outre une batterie de missiles antiaériens en Abkhazie, d'autres moyens de défense antiaérienne ont été déployés en Ossétie du Sud, un autre territoire séparatiste géorgien voisin du territoire russe, a annoncé mercredi le commandant des forces aériennes russes Alexandre Zeline cité par les agences.

«L'objectif de ces moyens de défense antiaérienne est non seulement de protéger les territoires de l'Abkhazie et de l'Ossétie du Sud mais aussi de détruire tout appareil violant l'espace aérien, quelle que soit sa mission», a déclaré le général Zeline.

La Géorgie, farouchement pro-occidentale depuis l'arrivée au pouvoir en 2003 du président Mikheïl Saakachvili, a immédiatement réagi à cette annonce en estimant qu'elle devait être une «source de préoccupation» pour l'OTAN. 

«Cela change l'équilibre des forces dans la région», a déclaré à l'AFP le vice-premier ministre géorgien Temour Iakobachvili.

«Il est évident que la Russie utilise ces territoires occupés comme une plateforme militaire pour des projets plus vastes que ceux visant juste la Géorgie», a estimé le vice-premier ministre.

L'OTAN n'a pas réagi immédiatement, mais l'Alliance avait dans le passé contesté la légalité d'un accord passé en février entre Moscou et l'Abkhazie en vue de l'installation d'une base militaire russe sur son sol.

Ces accords militaires signés par Moscou avec les régions séparatistes géorgiennes lui permettent d'y maintenir 3400 soldats au total pour 49 ans.

Un accord de cessez-le-feu conclu sous l'égide de l'Union européenne (UE) le 12 août 2008 après un bref conflit russo-géorgien prévoyait de son côté le retrait des forces russes dans les limites antérieures au conflit.

Selon M. Iakobachvili, les missiles en Abkhazie sont aussi une «réponse asymétrique au déploiement par les Américains d'éléments de bouclier antimissile en Europe de l'Est».

La Russie, qui avait combattu un premier projet de bouclier antimissile en Pologne et en république Tchèque, élaboré sous l'administration du président américain George W. Bush, est restée réticente malgré l'allègement du dispositif par l'administration de Barack Obama en septembre, officiellement justifié par une réévaluation de la menace balistique iranienne.

Le département d'État a cherché mercredi à minimiser l'importance du déploiement de ces missiles S-300.

«À notre connaissance, la Russie dispose de missiles S-300 en Abkhazie depuis les deux dernières années», a dit le porte-parole du département d'État Philip Crowley.

Interrogé pour savoir si la présence de ces missiles était une bonne chose, il a répondu: «non, mais ce n'est pas nouveau».

«Nous ne pouvons pas confirmer s'ils ont amplifié ces systèmes, nous allons étudier cela», a-t-il ajouté.

La Russie et la Géorgie se sont affrontées il y a deux dans une guerre éclair pour le contrôle de l'Ossétie du Sud, après laquelle Moscou a reconnu les deux républiques séparatistes.

Cette reconnaissance a été très largement condamnée en Occident et seuls le Nicaragua, le Venezuela et la petite île de Nauru dans le Pacifique Sud ont reconnu l'indépendance des deux régions.

Située sur le littoral de la mer Noire, l'Abkhazie est frontalière de la région russe de Sotchi, qui doit accueillir en 2014 les jeux Olympiques d'hiver.