La mairie de Duisbourg et les responsables de la Love Parade étaient accusés de négligence lundi, documents  à l'appui, deux jours après que 19 personnes ont été piétinées à mort lors du festival techno dans cette ville de l'ouest de l'Allemagne.

Richard Carter AGENCE FRANCE-PRESSE

La presse allemande les clouait au pilori après des révélations sur de graves négligences en matière de sécurité, qui seraient à l'origine d'un drame qui a également fait plus de 500 blessés.

Une Allemande de 21 ans a succombé à ses blessures lundi soir, a annoncé le parquet.

De nombreuses voix assuraient que Duisbourg, qui compte moins de 500.000 habitants, n'était pas préparée à accueillir un événement qui d'après les organisateurs a rassemblé 1,4 million de personnes.

Le magazine Der Spiegel a affirmé, documents officiels à l'appui, que le site de la Love Parade avait obtenu l'autorisation d'accueillir seulement 250 000 personnes.

Le quotidien de Cologne, Kölner Stadt-Anzeiger a rapporté lundi soir dans son édition en ligne que les autorités n'avaient donné leur feu vert officiel que quelques heures avant le début de l'événement. L'autorisation «n'était pas encore donnée vendredi après-midi», selon une source interne de l'administration, citée par le journal.

La police et les pompiers avaient à plusieurs reprise émis des réserves en matière de sécurité avant la tenue du festival, selon la presse allemande.

Resté sourd aux appels à sa démission, le maire conservateur de Duisbourg, Adolf Sauerland, 55 ans, a estimé qu'il convenait de «prendre le temps de faire la lumière sur les terribles événements». «Si la ville a quelque chose à se reprocher, alors nous prendrons nos responsabilités», a-t-il ajouté.

Selon la presse allemande, des passants lui ont lancé des ordures dimanche lorsqu'il s'est rendu sur les lieux, avant de l'injurier et de le siffler copieusement.

Dès samedi une enquête a été ouverte sur «toute une série de questions sans réponse», selon l'expression du porte-parole d'Angela Merkel, Ulrich Wilhelm.

«Une vision d'ensemble et une analyse correcte de ce qui s'est passé et des erreurs qui ont pu être commises ne sera possible que lorsque l'enquête sera terminée», a-t-il averti lundi.

Devant l'entrée du tunnel, seul accès au site de la fête techno, et où a commencé la bousculade, des anonymes ont allumé des centaines de bougies, déposé des fleurs et des petits messages à la mémoire des victimes.

Sur un registre de condoléances improvisé, certains laissaient exploser leur colère. Un message signé «une mère» accusait: «Les organisateurs ont envoyé nos enfants à la mort».

Depuis samedi soir, les télévisions diffusent en boucle des images tournées par des amateurs montrant des corps inanimés transportés au dessus de la foule ou de jeunes à terre écrasés par d'autres.

Parmi les morts figurent 12 femmes et 8 hommes. Sept personnes originaires d'Australie, de Bosnie-Herzégovine, de Chine, d'Italie, des Pays-bas et deux d'Espagne sont au nombre des morts.

La société Lopavent, organisatrice de la Love Parade, a souscrit une assurance «à hauteur de 7,5 millions d'euros» auprès de la filiale allemande du français Axa, qui a indiqué tout faire «pour trouver rapidement des solutions raisonnables».

L'université de Bochum, près de Duisbourg, a proposé les services gracieux d'un professeur en droit pour conseiller les étudiants directement ou indirectement victimes du drame, et qui souhaiteraient poursuivre en justice les responsables.

Le propriétaire de la marque Love Parade, le fondateur de la chaîne de salles de sport «low cost» McFit Rainer Schaller, a annoncé qu'il n'y aurait pas de nouvelle édition de la fête qui avait vu le jour en 1989 à Berlin.