Le meurtre de sang froid d'un journaliste grec à Athènes, imputé par la police à un groupe extrémiste, inquiète les autorités qui craignent le durcissement de la nouvelle génération d'extrémistes en Grèce.

Hélène Colliopoulou AGENCE FRANCE-PRESSE

«Nous sommes confrontés à un nouveau genre de terrorisme avec des caractéristiques très violentes et qui assassine sans distinction et sans aucune idéologie», a indiqué à l'AFP le porte-parole de la direction de la police, Thanassis Kokkalakis.

Directeur de la radio privée Thema FM et bras droit pendant plusieurs années d'un journaliste vedette d'une chaîne privée, le journaliste d'investigation Socratis Guiolias, 37 ans, a été tué lundi matin devant son domicile par 16 balles provenant des deux armes de 9mm.

Les auteurs, au nombre au moins de trois, ont pris la fuite à bord d'un véhicule volé.

La victime était l'un des administrateurs d'un des blogues les plus connus en Grèce, troktiko.gr (rongeur en grec), qui révélait des scandales dans les milieux politiques et des affaires.

Selon les conclusions de l'enquête balistique de la police, l'une des armes avait été utilisée en juin 2009 par le groupe extrémiste Secte des révolutionnaires, lors de l'assassinat d'un officier d'une unité antiterroriste, Nectarios Savas, et l'autre arme a été utilisée dans plusieurs attaques revendiquées par ce groupe.

Apparu en février 2009, Secte des révolutionnaires a déjà revendiqué les mitraillages d'un poste de police, où Savas a été tué en juin 2009, et de la façade de la chaîne privée Alter en février 2009, qui n'avait pas fait de victime.

«On est devant une violence ciblée: le fait de tirer des balles contre une personne par un groupe qui avait déjà déclaré «la guerre» dans ses textes de revendication (...) montre qu'il s'agit bien d'une génération de terroristes extrêmement dangereuse», relève Maria Bossi, qui enseigne la sécurité internationale à l'Université du Pirée.

Dans un texte publié après l'attentat contre Alter, ce groupe avait menacé de mort «tous les journalistes».

Pour Babis Koutras, rédacteur en chef de Thema FM, «cet assassinat rappelle la mafia italienne, quand cette dernière exécutait des journalistes dans les années 70 et 80 dans le sud de l'Italie».

Se référant à différentes violences terroristes que la Grèce avait vécu entre 1974 et 2000, et surtout au groupe extrémiste du 17 Novembre, démantelé en 2002 et responsable d'une vingtaine d'assassinats de personnalités dont l'éditeur d'un journal, M. Koutras a estimé à la radio Flash que «l'action des extrémistes actuels était plutôt liée au crime organisé sans avoir aucun symbolisme».

«C'est vrai que cette exécution et l'action de ce groupe comprend des éléments qu'on peut lier au crime organisé», souligne Mme Bossi, tout en insistant que «cela est caractéristique de l'extrémisme actuel».

Sur la même ligne, plusieurs quotidiens grecs s'interrogeaient mardi sur le durcissement des groupes extrémistes. Le quotidien Ethnos titrait «Exécution mafieuse par des terroristes» tandis que pour Kathimerini, il s'agit d'«un meurtre qui pose plusieurs questions» sur sa nature et ses objectifs.

Cet assassinat intervient presque un mois après l'attentat au colis piégé contre le ministre de la Protection civile, Michalis Chryssohoïdes, qui avait fait un mort et qui avait mis en alerte les services antiterroristes.

«On est sûrement devant un durcissement de l'extrémisme», juge Mme Bossi, rappelant que jusqu'ici les actes extrémistes visaient plutôt des banques et des bâtiments publics, prenant rarement pour cible des personnalités.