Neuf nouveaux prisonniers politiques cubains libérés par La Havane arriveront mardi en Espagne où ils rejoindront les onze ex-détenus accueillis la semaine dernière par Madrid, a annoncé samedi le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos.

AGENCE FRANCE-PRESSE

«Mardi prochain, neuf autres prisonniers politiques arriveront avec 50 membres de leur famille», a annoncé M. Moratinos au micro de Radio Nacional de Espana (RNE), depuis Almaty, au Kazakhstan, où il participait à une réunion ministérielle de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

À La Havane, des sources proches de la dissidence ont indiqué que neuf prisonniers politiques étaient prêts à partir. «Il y a neuf prisonniers politiques à l'hôpital du Combinat de l'Est (prison de La Havane) qui sont prêts à voyager», a déclaré l'opposant Oscar Espinosa Chepe, après s'être entretenu au téléphone avec certains d'entre eux.

Les neuf opposants sont Jorge Luis Gonzalez (39 ans), Manuel Ubals (41 ans), Ricardo Silva (37 ans), Alfredo Pulido (49 ans), Arturo Perez (58 ans), Blas Giraldo (54 ans), José Ubaldo (44 ans), Jesus Mustafa (66 ans) et Antonio Diaz (47 ans).

Gisela Sanchez, l'épouse d'Antonio Diaz, a indiqué que son mari lui avait confirmé par téléphone vendredi qu'ils étaient prêts à partir mais que la date du départ ne leur avait pas été précisée.

Ces nouveaux opposants retrouveront sept ex-détenus arrivés mardi dernier en Espagne. Ceux-ci avaient été rejoints mercredi par deux de leurs compagnons puis jeudi par deux autres prisonniers libérés, ainsi que par des membres de leur famille.

Ils font tous partie d'un groupe de 52 opposants arrêtés en mars 2003 pour leurs activités politiques et dont le gouvernement cubain a annoncé il y a une dizaine de jours la prochaine libération. Vingt d'entre eux, selon l'église cubaine, ont accepté de se rendre en Espagne avec leur famille.

Le gouvernement de Raul Castro a annoncé qu'il allait libérer ces dissidents à l'occasion de la visite du chef de la diplomatie espagnole. Celui-ci a conduit une médiation conjointement avec l'église catholique cubaine en faveur de la libération des opposants.

M. Moratinos a souligné que l'arrivée du nouveau groupe d'ex-détenus et de leur famille portait «à 135 le nombre de ressortissants cubains accueillis en Espagne afin de leur offrir cette chance de liberté que Cuba leur refusait».

Il a demandé aux exilés de faire preuve de «compréhension», après les critiques formulées par certains sur les conditions d'accueil en Espagne.

Ils bénéficient «d'un éventail complet d'aide, d'assistance, de droits et de garanties», a assuré M. Moratinos. «Ils sont libres de faire (ce qu'ils veulent), de s'en aller, de chercher un autre pays qui les accueille mieux», a-t-il ajouté.

Le gouvernement espagnol a proposé de leur accorder un statut de protection internationale assistée, s'attirant les critiques de certains dissidents qui veulent être considérés comme des réfugiés.

Des sources diplomatiques ont expliqué que ce statut de protection internationale «est équivalent à celui de réfugié», car il leur permet de résider et de travailler en Espagne. Il les autorise en outre à rentrer à Cuba, alors qu'ils ne le pourraient pas avec le statut de réfugié politique, qui les empêcherait par ailleurs d'exercer des activités politiques.

Le ministre a souligné que tous ceux qui étaient venus en Espagne l'avaient fait sur une base «volontaire». «Personne ne peut mettre en question la libération de tous les prisonniers politiques à Cuba», a-t-il ajouté.

Avant l'annonce des libérations, l'île communiste comptait au 30 juin 167 prisonniers politiques au total, selon la Commission cubaine pour les droits de l'Homme, une organisation illégale, mais tolérée par le pouvoir communiste.