Des heurts ont de nouveau opposé jeunes catholiques nord-irlandais et forces de l'ordre mardi soir à Belfast à l'occasion des célébrations «orangistes» annuelles qui ont fait des dizaines de blessés en trois jours, a indiqué mercredi la police nord-irlandaise (PSNI).

AGENCE FRANCE-PRESSE

À Ardoyne, un quartier du nord de Belfast où se concentrent les affrontements, les émeutiers ont jeté cocktails Molotov, briques et bouteilles en direction des policiers et érigé des barricades qu'ils ont ensuite incendiées.

La police a riposté au moyen de canons à eau. Aucun blessé n'a été signalé lors des incidents de mardi alors que les émeutes avaient fait 82 blessés parmi les policiers dimanche et lundi, selon les autorités.

Une policière a notamment été grièvement blessée après avoir reçu un parpaing sur la tête. Ses jours ne seraient cependant pas en danger.

Trois policiers avaient par ailleurs reçu des plombs de fusil dimanche.

Mardi soir, entre quatre et six coups de feu auraient été tirés en direction des forces de l'ordre dans les rues de Belfast, selon la PSNI.

Le premier ministre protestant Peter Robinson et le numéro deux catholique de l'exécutif, Martin McGuinness, devaient rencontrer mercredi le chef de la police d'Irlande du nord, Matt Baggott.

Ils devaient notamment évoquer la présence sur les barricades de très jeunes manifestants. Matt Baggott, qui avait stigmatisé lundi des «émeutes récréatives», a affirmé que des enfants de huit ans avaient participé aux débordements.

«J'ai été directement confronté à un enfant de neuf ans hier soir», a confié mercredi le père Gary Donegan, un prêtre de Belfast, sur les ondes de la BBC, ajoutant avoir lui-même «arraché des pierres des mains des enfants».

«Un moment donné, ça ressemblait à un défilé de mode milanais (...). C'était ridicule. Il y avait des jeunes filles avec des petits parasols (...). On aurait dit un parc à thème Eurodisney spécialisé dans les émeutes», a-t-il raconté.

Peter Robinson a dénoncé «la violence et le vandalisme» tandis que McGuinness a appelé «au dialogue et à la concorde» entre nationalistes et loyalistes.

Les protestants des ordres orangistes défilent chaque année en Irlande du nord pour commémorer la bataille de la Boyne du 12 juillet 1690, lors de laquelle le roi protestant Guillaume d'Orange a vaincu le catholique Jacques II.

La province britannique d'Ulster a connu une trentaine d'années de violences politiques entre séparatistes catholiques et loyalistes protestants, qui ont fait plus de 3.500 morts et ont pris fin avec l'accord dit du vendredi saint d'avril 1998.

Ultime étape de l'application totale de l'accord, les pouvoirs de justice et de police ont été transférés de Londres à Belfast le 12 avril. La province nord-irlandaise connaît néanmoins encore des violences sporadiques.