Selon une (fausse) rumeur, la célèbre tartine aux noisettes pourrait être étiquetée comme un produit dangereux en Europe. L'Italie est en émoi...

Marc Thibodeau LA PRESSE

À la demande du Parlement européen, le Nutella pourrait bientôt être étiqueté comme un produit dangereux susceptible de rendre les gens obèses...

 

Cette «information», reprise par de nombreux médias européens, est fausse. Elle n'en soulève pas moins un vif émoi en Italie, où la populaire pâte à tartiner aux noisettes est considérée comme une composante intouchable du patrimoine national.

«Tout le monde le connaît et tout le monde l'aime. Ami Nutella, sois serein, tu seras toujours avec nous», écrivait il y a quelques jours Nadia Roscini.

Cette Italienne, comme des milliers de ses compatriotes, s'est ralliée à un groupe Facebook intitulé «Touche pas à mon Nutella» qui réunit des personnes indignées de la possibilité de voir leur produit chéri affecté par de «stupides normes européennes».

«J'ai déjà tué pour moins que ça», relève Michele, un autre membre du groupe, créé par Roberto Castelli, un député de la Ligue du Nord.

La formation ultranationaliste est aux aguets parce que le Nutella, inventé dans son fief du Piémont, constitue à ses yeux un véritable «produit national».

«S'ils vont de l'avant avec cette loi, il faudra mettre l'avertissement «Nuit gravement à la santé» sur les murs du Parlement européen», a déclaré M. Castelli aux médias italiens, qui se régalent du sujet.

Propos alarmistes

«Alerte au Nutella», «Nutella à risque», soulignent les journaux, qui ont donné un large écho aux propos alarmistes du Groupe Ferrero, producteur du célèbre produit.

L'entreprise a déclaré que les discussions en cours à l'échelle européenne relativement à l'étiquetage nutritionnel pourraient à terme constituer une ingérence inacceptable dans la liberté de choix de la population.

Le vice-président de l'entreprise, Francesco Paolo Fulci, a lancé la rumeur en déclarant à la mi-juin que l'Union européenne pourrait en venir à imposer un étiquetage alarmiste comme celui que l'on retrouve sur les paquets de cigarettes. Le Nutella, a-t-il prévu, risque d'être bientôt «hors la loi».

Au Parlement européen, on s'étonne fort de la tournure du débat puisqu'il n'est ni question d'interdire le Nutella ni question d'imposer un étiquetage évoquant la dangerosité du produit.

Sucres et graisses

Les parlementaires, explique un porte-parole, Christopher Coakley, ont appuyé à la mi-juin l'idée de forcer les entreprises agroalimentaires à inscrire, de manière normalisée, des informations détaillées sur le contenu en sucres et en graisses de leurs produits.

Ils ont aussi approuvé le renforcement de contrôles empêchant les entreprises de leur attribuer des vertus thérapeutiques qu'ils n'ont pas. À terme, la loi, qui n'est pas finalisée, pourrait interdire la publicité mettant en valeur les effets positifs de produits «globalement mauvais pour la santé», mais rien n'a été arrêté à ce sujet, dit M. Coakley.

La disposition déplaît au groupe Ferrero, qui a fait beaucoup de lobbying pour tenter de faire reculer les élus, souligne le porte-parole.

Pour leur part, les blogueurs europhiles du site Eurosduvillage.eu pensent que l'excitation populaire relative au Nutella témoigne du fait que les lobbys industriels peuvent facilement influer sur l'opinion publique «grâce à une presse facilement manipulable».