La ministre française de la Justice, Michèle Alliot-Marie, a demandé des poursuites pénales après la diffusion d'une photographie montrant un homme s'essuyant le postérieur avec le drapeau français et primée par un jury dans la catégorie «politiquement incorrect».

AGENCE FRANCE-PRESSE

La photographie visée faisait partie des «coups de coeur» du jury d'un concours photographique organisé par une grande libraire de Nice le 6 mars et reproduite dans un journal gratuit le 19 mars. Trois thèmes étaient proposés à l'imagination des photographes amateurs, dont celui du «politiquement incorrect».

«Michèle Alliot-Marie a demandé que des poursuites pénales soient engagées contre cet acte inadmissible», a déclaré le porte-parole du ministère de la Justice Guillaume Didier.

«On peut penser qu'il y a déjà en l'état actuel du droit des moyens juridiques pour sanctionner un acte aussi intolérable contre le drapeau français», sinon la ministre proposera des changements, a-t-il ajouté.

La décision a été prise à la demande d'un député de la région de Nice, Eric Ciotti (du parti présidentiel UMP), qui a expliqué avoir lui-même été alerté par des associations d'anciens combattants et avoir reçu de nombreuses lettres d'électeurs choqués.

La librairie, la FNAC, souligne de son côté avoir réagi très rapidement.

«Quand nous avons vu que l'image choquait, nous l'avons tout de suite retirée de la liste des lauréats, avec l'accord du photographe, et nous ne l'avons pas exposée», a déclaré une porte-parole.

Le quotidien gratuit Métro affirme n'avoir fait que relater un événement local. «La question est de savoir quelle est la limite de l'art, de la provocation, de la liberté d'expression», a déclaré le directeur de la rédaction Frédéric Vézard.

Le procureur de la République de Nice, Eric de Montgolfier, chargé d'engager les poursuites, a indiqué qu'il avait déjà été saisi en mars et estimé que le délit n'était pas constitué s'agissant d'une «oeuvre de l'esprit».

Le Conseil constitutionnel a rendu en 2003 «une décision affirmant que sont exclues du champ d'application de la loi les oeuvres de l'esprit», a-t-il expliqué. «L'outrage doit être commis lors d'une manifestation organisée ou réglementée par les autorités publiques, ce qui n'est pas le cas».

«J'ai informé la Garde des Sceaux de la décision que j'avais prise», a-t-il ajouté.