L'aéroport Charles-de-Gaulle ne figure pas dans les guides touristiques comme un haut lieu européen de camping. Il a néanmoins servi de refuge obligé au cours de la nuit dernière à des milliers de voyageurs cloués au sol en raison de l'arrivée en territoire français du nuage de cendres qui paralyse la circulation aérienne dans le nord de l'Europe.

Marc Thibodeau LA PRESSE

«Je veux rentrer chez moi pour dormir dans mon lit. C'est très inconfortable ici», a déclaré à La Presse une Russe de 18 ans, Jeny Glazynova, qui a sommeillé tant bien que mal sur un banc métallique dans un hall glacial de l'établissement parisien.

Partout autour de la jeune femme, qui était emmitouflée dans une couverture de laine, des voyageurs au regard las, assis à même le sol, tentaient tant bien que mal de se remettre de l'inconfort de la nuit.

Les plus hardis prenaient d'assaut les bureaux des compagnies aériennes, où les préposés n'avaient guère de réconfort à proposer en l'absence de toute indication claire sur la reprise des vols.

Jonathan Green, un ressortissant d'Afrique du Sud vivant en Grande-Bretagne, tournait comme un lion en cage en entraînant à sa suite son fils de sept ans, Sebastian, visiblement dépassé par les évènements.

«On vient de faire un voyage fabuleux dans un pays du tiers monde. Là, on se retrouve dans un pays du premier monde et c'est la merde absolu», a indiqué M. Green, qui devait rallier Londres jeudi après un séjour d'un mois dans son pays natal.

La fermeture de l'aéroport de Heathrow, dans la capitale anglaise, l'a empêché de prendre son vol de transfert et il a dû ferrailler pendant des heures avec les autorités douanières françaises pour obtenir l'autorisation de se rendre à l'hôtel.

«J'espère pouvoir obtenir un visa aujourd'hui de manière à me rendre à Calais (d'où partent des traversiers vers la Grande-Bretagne). Mon fils est OK puisqu'il a un passeport anglais», a-t-il expliqué.

«C'est une catastrophe naturelle, d'accord. Mais quelqu'un quelque part aurait dû prévoir ce qu'il faut faire en cas de fermeture d'Heathrow», a-t-il ajouté avant de partir à la recherche de ses bagages.

Malgré les mises en garde d'Aéroports de Paris, qui invitait les voyageurs à prendre contact avec leur transporteur avant de se déplacer, plusieurs personnes sont venues s'ajouter hier matin au groupe de «naufragés» de l'aéroport.

«Je n'ai pas eu de nouvelle de la compagnie. Mon avion devait partir à 12h15 alors je vais alors voir ce qu'ils peuvent m'offrir», a expliqué Nicolas Réthoré, croisé à la sortie du train régional reliant la capitale à l'aéroport.

L'homme d'affaires, qui espérait se rendre en Chine pour acheter des «gadgets» destinés à l'importation, a précisé qu'il était de nature optimiste.

Aurélie Fouchet et son époux Tony Massiot, qui devaient partir en matinée pour Katmandou, tentaient aussi de maintenir leur bonne humeur malgré l'absence de leur avion.

La jeune femme, chargée de deux imposants sacs à dos, a pris en photo, en guise de souvenir, un tableau d'affichage des arrivées où le mot «annulé» revenait un peu partout.

«Il faut prendre ça un peu à la rigolade. Mais je suis dégoûtée. Ça faisait des mois qu'on se préparait. Ça devait être notre voyage de noces», a indiqué la Parisienne.

«Je ne sais pas depuis combien de temps il n'a pas fait irruption ce volcan. Si ça se trouve, ça fait des millions d'années. On n'a vraiment pas de chance», a-t-elle conclu.