La Grèce était presque totalement paralysée mercredi par une grève nationale à l'appel des syndicats qui ont mobilisé des dizaines de milliers de manifestants contre les mesures de rigueur décidées par le gouvernement pour faire face à la crise financière.

Mis à jour le 24 févr. 2010
Philippe Perdriau AGENCE FRANCE-PRESSE

Les grandes centrales syndicales ont réuni à Athènes près de 30 000 manifestants, selon la police, qui ont défilé dans le centre de la capitale portant des banderoles rejetant la cure de rigueur décidée par le gouvernement socialiste pour remettre le pays sur la voie du redressement économique.

Alors que la manifestation prenait fin sur la place de Syntagma, quelque 300 jeunes, selon la police, ont attaqué à coups de pierres et de cocktails molotov les forces anti-émeutes qui ont répondu en lançant des gaz lacrymogènes. Deux photographes de presse ont été légèrement blessés et la police a procédé à plusieurs interpellations. 

D'autres manifestations ont eu lieu dans les grandes villes de Grèce, notamment à Salonique (nord), ou près de 7000 personnes ont défilé dans le calme, selon une source policière.

«Taxer les riches», «Grève contre les spéculateurs» et «Les hommes et leurs besoins sont au-dessus des marchés et des profits», indiquaient des pancartes placées le long de la manifestation dans la capitale organisée par la Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE, 1 million d'adhérents) et par la Fédération des fonctionnaires Adedy (300 000 membres).

Le Front de lutte syndical (PAME), émanation de l'ultra-orthodoxe parti communiste (KKE), qui avait appelé ses membres à manifester séparément, a réuni 15.000 militants à Athènes, selon la police.

«Aucun sacrifice pour la ploutocratie», affirmaient des tracts distribués dans la rue par les communistes, qui portaient des banderoles sur lesquelles était inscrit «pas plus», en référence au refus de mesures d'austérité supplémentaires.

Présent au rassemblement de la GSEE le secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), John Monks, a déclaré à l'AFP que «L'Europe doit travailler mieux pour aider la Grèce (...), les Grecs veulent voir l'Europe les aider». Pour le moment «les Européens menacent et n'aident pas et cela peut entraîner à un esprit anti-européen chez les Grecs», a-t-il estimé.

Les transports aériens et maritimes étaient à l'arrêt, tandis que les dessertes ferroviaires étaient pratiquement toutes interrompues.

La grève a entraîné la fermeture des écoles, administrations et tribunaux ainsi que des musées et sites archéologiques, tandis que banques, hôpitaux et entreprises du secteur public fonctionnaient au ralenti.

Le pays était également privé de radios et télévisions en raison du ralliement du syndicat des journalistes. Les journaux ne devaient pas paraître jeudi.

Selon la GSEE, la grève a été suivie à 100% dans plusieurs secteurs d'activité, à 70% dans l'industrie et dans les banques. Mais selon le président de la Chambre des petites et moyennes entreprises, la participation à la grève dans ce secteur ne dépassait pas 10%.

Le mouvement a été décidé par les syndicats après l'annonce par le gouvernement de mesures d'austérités destinées à réduire drastiquement le déficit abyssal du pays et qui prévoient notamment un gel des salaires et le recul de deux ans, à 63 ans et demi, de l'âge moyen du départ en retraite.

Mais, malgré la mobilisation, «cette grève est plus symbolique qu'autre chose, sans réelle conséquence», a indiqué à l'AFP le politologue Georges Sefertzis.

La grève est surtout «un message adressé au gouvernement» pour qu'il ne dépasse pas la ligne rouge concernant notamment l'âge de la retraite et une éventuelle remise en cause du 14e mois touché par les salariés grecs, a ajouté l'analyste proche du gouvernement.