Le gouvernement français a mis en demeure lundi le groupe pétrolier Total d'apporter des réponses concrètes aux revendications des syndicats sur le maintien de son activité de raffinage, au sixième jour d'un conflit qui menace d'entraîner une pénurie d'essence dans le pays.

Mis à jour le 22 févr. 2010
AGENCE FRANCE-PRESSE

Face à une situation bloquée et au risque de plus en plus concret de ruptures d'approvisionnement, les services du président Nicolas Sarkozy ont convoqué lundi le président du conseil d'administration de Total, Thierry Desmarest.

Total, premier groupe industriel français, assure plus de la moitié de l'approvisionnement des stations-service du pays, et les dépôts de carburant, dont certains sont également en grève, ont vu leurs réserves fondre à «7-10 jours» de consommation lundi, selon l'Union française des industries pétrolières (Ufip).

La menace d'une pénurie, en plein chassé-croisé de vacances d'hiver, a déjà provoqué l'assèchement de certaines stations-service, les conducteurs s'aprovisionnant par précaution. En fin d'après-midi, il y avait «127 stations-service Elf et Total, sur un total de 2 600 en France, en pénurie d'au moins un carburant», a indiqué un porte-parole du groupe.

Un précédent point avait fait état de 132 stations-service ayant un problème d'approvisionnement sur environ 2 000 enseignes des réseaux Elf et Total.

Peu après que son dirigeant eut été reçu à l'Elysée, Total a annoncé avancer au 8 mars la réunion d'un comité central d'entreprise (CCE) pour «répondre à l'attente des salariés (...) et des organisations syndicales» sur les mesures de restructuration prévues.

Et depuis New York, le directeur général, Christophe de Margerie, a affirmé que le groupe ne supprimerait pas d'emplois. «Tous nos effectifs resteront dans la société, il n'y aura pas de départs forcés», a-t-il assuré.

Convoqué dimanche au ministère de l'Industrie, le directeur général de Total avait été sommé de fournir des «engagements chiffrés» et de tenir son engagement de «pérenniser l'activité» de la raffinerie de Dunkerque (nord), d'où est parti le conflit.

La grève, qui touche les six raffineries de Total en France, s'est étendue la semaine dernière à partir de ce site, sur lequel le groupe veut cesser l'activité de raffinage, justifiant sa décision par la baisse de la demande.

Les syndicats dénoncent une restructuration motivée par des considérations financières de la part d'un groupe qui a dégagé en 2009 un bénéfice net de 7,8 milliards d'euros; ils exigent des garanties sur le maintien de l'activité de raffinage en France.

L'annonce par Total d'un comité central d'entreprise avancé, bien accueillie par le syndicat CFDT, a été jugée «insuffisante» par le syndicat majoritaire, la CGT, qui mène le conflit.

À la raffinerie de Dunkerque, les grévistes ont voté la reconduction du mouvement, la réponse de Total laissant selon eux encore «beaucoup d'interrogations» en suspens.

La CGT des deux raffineries du groupe américain ExxonMobil a de son côté appelé à se joindre mardi au mouvement de grève de Total.

À l'approche d'élections régionales en mars qui s'annoncent difficiles pour la majorité de Nicolas Sarkozy, les grévistes ont reçu le soutien inattendu du parti présidentiel UMP.

L'opposition socialiste a, quant à elle, renvoyé dos à dos la direction du groupe pétrolier et le pouvoir politique.

«La responsabilité de cette situation est entre les mains du patron de Total et du gouvernement», a déclaré le porte-parole du PS Benoît Hamon, mettant en garde contre la convocation «sans lendemain» de patrons et la tentation de reporter «toutes les mauvaises nouvelles» après les élections.