Faux passeports, déguisements, engins sophistiqués: l'assassinat d'un cadre du Hamas à Dubaï a tous les éléments d'un épisode de Mission Impossible. Et comme dans la série télévisée, les 11 individus qui auraient pris part à l'opération meurtrière en janvier dernier se sont volatilisés. Alors que le gouvernement britannique a promis hier une enquête sur le vol d'identité de six Israélo-Britanniques, les services secrets israéliens ont été désignés à la vindicte.

Mis à jour le 18 févr. 2010
Mali Ilse Paquin, collaboration spéciale LA PRESSE

Les vidéos des 11 assassins de Mahmoud Al-Mabhouh, diffusées par les autorités de Dubaï lundi soir, ont provoqué une onde de choc de Jérusalem à Londres. La presse israélienne reconnaît la signature du Mossad et réclame la tête des services secrets israéliens.

 

Les agents étaient tous détenteurs de faux passeports européens, dont six britanniques. La Grande-Bretagne a lancé hier une «enquête exhaustive» sur l'usurpation d'identité des Britanniques vivant en Israël.

Le récit de l'opération se lit comme un polar de Robert Ludlum.

Dix hommes et une femme atterrissent le 19 janvier à Dubaï, en provenance de quatre pays, avec pour mission de tuer Mahmoud Al-Mabhouh, chef du trafic d'armes pour le Hamas.

Un membre du commando repère le Palestinien à son arrivée à l'aéroport l'après-midi du 20 janvier. Il le suit jusqu'à l'hôtel Rotana, où l'homme de 49 ans sera assassiné en soirée.

Comme dans un polar

Deux agents, vêtus comme s'ils revenaient d'une partie de tennis, prennent le même ascenseur que la victime et découvrent son numéro de chambre.

Leurs collègues, dont certains sont coiffés de perruques, s'installent dans la chambre opposée et dans le hall de l'hôtel pour surveiller les allées et venues d'Al-Mabhouh. Ils communiquent entre eux à l'aide d'appareils émetteurs-récepteurs sophistiqués.

La troupe de choc profite d'une absence du Palestinien pour s'introduire dans sa chambre. À son retour, il est asphyxié. Quelques heures plus tard, les tueurs d'élite s'envolent pour différentes destinations.

La presse israélienne est unanime: les services secrets israéliens sont derrière le coup. Le journal Haaretz observe d'énormes similarités avec le polar d'un ancien du Mossad, Mishka Ben-David, inspiré d'un attentat contre un autre apparatchik du Hamas en 1997. «Ben-David décrit comment les agents du Mossad changent plusieurs fois d'hôtels et de véhicules, arrivent de différents pays et maquillent leur apparence pour ne pas être reconnus», écrit le quotidien.

Son chroniqueur Amir Oren a ouvertement demandé la démission du chef du Mossad, Meir Dagan, rappelant que «l'utilisation de l'identité d'Israéliens innocents... est contre la loi».

Le chef de la diplomatie israélienne, Avigdor Lieberman, a toutefois insisté pour dire qu'il n'y avait «aucune raison de croire que le Mossad israélien» avait orchestré le meurtre.

Crise diplomatique en vue?

Toujours est-il que Londres doit rencontrer l'ambassadeur israélien, Ron Prosor, aujourd'hui pour qu'il explique comment l'identité des six Israélo-Britanniques a pu être usurpée.

Le premier ministre Gordon Brown a insisté hier sur le fait que «le passeport britannique est un document qui doit être détenu avec soin.»

La SOCA, l'équivalent du FBI en Grande-Bretagne, fait enquête avec Dubaï.

De leur côté, les six Britanniques dont l'identité a été volée étaient stupéfaits d'être mêlés à cette affaire rocambolesque. «Hier, je me suis couché avec une pneumonie et ce matin, je me suis réveillé avec l'identité d'un meurtrier», a ironisé Melvyn Mildiner, 31 ans.

Si le Mossad est effectivement impliqué, il a fait une démonstration de force aux ennemis d'Israël, croit Yossi Mekelberg, expert à la Chatham House. «On ne retrouvera probablement jamais les assassins», conclut-il.