Grandiloquent et manipulateur pour les uns, flamboyant et clairvoyant pour les autres, l'ex-premier ministre Dominique de Villepin, blanchi jeudi par la justice dans le procès Clearstream, peut désormais renouer avec son ambition de diriger un jour la France.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Grand, l'allure altière, la chevelure argentée, Dominique de Villepin croit dur comme fer qu'il est une alternative à droite à son ennemi juré, Nicolas Sarkozy, à la popularité en berne à mi-mandat. Sitôt sa relaxe connue il a d'ailleurs réaffirmé son ambition de «servir les Françiais».

Depuis la fin du procès, il y a trois mois, ce féru d'épopée napoléonienne n'a raté aucune occasion de fustiger la politique du président français, tout en préparant son retour politique via son «club» qui réunit 4 000 adhérents.

Après des années dans l'ombre, Dominique Galouzeau de Villepin a fait son entrée sur le devant de la scène politique française et internationale en 2002, à la faveur de la réélection de Jacques Chirac qui le charge alors de diriger le ministère des Affaires étrangères.

En mars 2003, en pleine crise irakienne, il défend avec fougue devant l'ONU, lors d'un discours resté célèbre, les choix de la France et de son président, fermement opposé à la guerre américaine en Irak.

Après le Quai d'Orsay, ce diplomate de carrière, aujourd'hui âgé de 56 ans, décroche le ministère de l'Intérieur en 2004 pour rompre mieux se faire connaître de ses compatriotes. Il y remplace alors Nicolas Sarkozy. L'année d'après, il est nommé premier ministre et le restera jusqu'en 2007.

Mais ses adversaires ont aussi beau jeu de relever les points faibles de son parcours politique. Dominique de Villepin ne s'est jamais frotté au suffrage universel. Jamais il n'a fait campagne sur son nom. Jamais il n'a gagné la moindre élection.

De plus, sa personne reste attachée à l'un des fiascos de la présidence de Jacques Chirac. En 1997, il conseille à son mentor de dissoudre l'Assemblée nationale. C'est un échec. La gauche se voit offrir le pouvoir sur un plateau.

Ses partisans louent «un personnage très séduisant par sa pensée et la force de son engagement». Mais c'est «un Mozart de la manipulation, tout miel par devant et sans pitié par derrière», accuse son ancien ami, le journaliste Franz-Olivier Giesbert.

Il surnomme Nicolas Sarkozy «le nain», mais il le voit, impuissant, gravir les marches qui le mènent en mai 2007 à la tête de l'État. Le président Sarkozy le soupçonne en particulier d'avoir été, pendant ces années-là, un membre actif d'un «cabinet noir» voué à lui barrer le chemin de la présidence.

Mais durant l'ouragan Clearstream, et au fil de ce feuilleton à rebondissements, Dominique de Villepin n'a pas quitté une posture offensive dans les médias. À l'ouverture du procès, il lance devant les caméras de télévision: «Je suis ici par l'acharnement d'un homme, Nicolas Sarkozy (...) J'en sortirai libre et blanchi au nom du peuple français».

Né le 14 novembre 1953 à Rabat (Maroc), Dominique de Villepin a passé sa jeunesse à l'étranger (Amérique latine, États-Unis, Italie) avant de faire ses études à Paris, notamment à l'Ecole nationale d'administration (ENA), creuset des élites françaises.

Marié et père de trois enfants, ce passionné de sport, d'histoire et de littérature est aussi l'auteur de plusieurs livres. Il a publié des recueils de poésie, un ouvrage sur l'épopée napoléonienne, plusieurs essais et tout récemment, un roman «Le dernier témoin», histoire d'un arbre qui survit à la disparition de l'humanité.