L'Autrichien Josef Fritzl, qui est accusé d'avoir violé à répétition sa fille Élisabeth et de l'avoir détenue pendant des décennies dans un sous-sol avec les enfants issus de ces relations forcées, fait face à la justice.

Marc Thibodeau LA PRESSE

Le retraité de 73 ans, que les tabloïds désignent comme un «monstre», s'est présenté hier dans la salle du tribunal de Sankt-Pölten, non loin de Vienne, le visage caché derrière un cahier à anneaux bleu pour échapper aux caméras.

 

Il y a enregistré un plaidoyer de culpabilité sur les chefs de séquestration et de viol tout en rejetant les accusations de meurtre et d'esclavage déposées contre lui en relation avec cette affaire, qui avait secoué le pays.

L'accusation de meurtre découle de la mort d'un bébé décédé en captivité des suites de troubles respiratoires. Fritzl, selon les autorités, a refusé de lui prodiguer de l'aide, ignorant les demandes en ce sens de sa fille, avant de disposer du corps dans un incinérateur.

«Il s'agit d'un meurtre par négligence», a indiqué hier le procureur au dossier, Christiane Burkenheiser, après avoir relevé que Fritzl n'avait jamais manifesté «de remords de conscience de ses méfaits».

L'accusé, a-t-elle précisé selon l'AFP, a traité sa fille «comme un jouet» et l'avait rendue «entièrement dépendante» en la confinant à partir de 1984 dans une section de la cave de sa résidence spécialement aménagée à cette fin. Elle n'en sortira que 24 ans plus tard à l'âge de 42 ans.

Selon la police, l'homme avait fait croire à sa conjointe qu'Élisabeth était partie de son propre chef pour rejoindre une secte. Il intégrera ensuite dans sa vie «officielle» trois des sept enfants nés en captivité en alléguant que leur mère les avait abandonnés à la porte du domicile familial, faute de moyens.

Son stratagème sera finalement découvert en avril 2008 à l'issue de l'hospitalisation d'un enfant de sa fille qu'il avait accepté de sortir de la cave pour chercher des soins. Un médecin alerté par les invraisemblances du récit du vieil homme sonnera l'alarme, précipitant la découverte de la cave et de ses occupants.

Un être humain, pas un monstre

Hier, l'avocat de Josef Fritzl a fait valoir qu'il était un «être humain» et non un monstre et qu'il avait su faire preuve d'empathie envers sa fille et ses enfants.

L'accusé lui-même a souligné, devant le tribunal, pour tenter d'expliquer ses gestes, qu'il avait été battu par sa mère.

Un examen psychiatrique mené à la demande de la justice autrichienne avait conclu que Fritzl était apte à être jugé dans un procès malgré le fait qu'il souffre d'importants troubles de personnalité.

Sa fille, qui avait été suivie dans une clinique avec ses enfants après sa libération, ne témoignera pas en personne. Une déposition de plusieurs heures, dont une partie a été visionnée hier, doit cependant être présentée au jury. Le processus se fera largement à huis clos pour protéger les victimes et limiter les risques de «voyeurisme».

Les procédures sont suivies de près par la presse internationale, plus de 200 journalistes ayant convergé vers Sankt-Pölten. Le bâtiment a été placé sous haute sécurité et un interdit de survol a été mis en vigueur pour empêcher les prises aériennes.

Les procédures ont aussi replacé sous les projecteurs la petite ville d'Amstetten, où vivaient Fritzl et sa femme, qui a toujours nié toute complicité dans l'affaire. Elle a demandé le divorce depuis que le scandale a éclaté.

Le comportement de l'accusé et l'impact négatif de ses actions demeurent un sujet sensible pour les Autrichiens, qui n'ont pas apprécié de voir certains médias internationaux, notamment anglais, spéculer sur la possibilité que ses crimes aient une cause culturelle.

Le chancelier autrichien Alfred Gusenbauer avait déclaré qu'il n'était pas question de permettre que l'Autriche soit «prise en otage» par les actes criminels d'un homme.