L'accueil d'anciens détenus de Guantanamo dans l'UE sera une décision «exclusive» des pays membres, mais des restrictions à leur liberté de mouvement pourront être imposées, ont annoncé jeudi la présidence tchèque et la Commission européenne.

Mis à jour le 26 févr. 2009
AGENCE FRANCE-PRESSE

Ce type d'assistance de l'Union européenne à la fermeture du centre de détention américain de Guantanamo divise les pays européens.

Aucune décision ne sera prise avant une visite à Washington du commissaire européen à la Justice Jacques Barrot et du ministre tchèque de l'Intérieur Ivan Langer les 16 et 17 mars.

«Nous devons d'abord savoir ce que les Américains veulent», a expliqué jeudi M. Langer, dont le pays préside l'UE, à l'issue d'une réunion avec ses homologues à Bruxelles.

Mais la réflexion est engagée et certaines lignes rouges ont déjà été tracées. «Personne ne peut forcer un pays à accepter des détenus de Guantanamo», a souligné M. Langer.

Les discussions portent sur le futur statut de ces anciens détenus et les conditions de leur séjour dans l'UE, notamment dans les pays membres de l'espace Schengen sans frontières intérieures.

«Des restrictions à leur liberté de mouvement ne peuvent être exclues», a confirmé M. Barrot.

«Nous sommes responsables de la sécurité», a insisté M. Langer, et «nous devons disposer de toutes les informations avant de faire des recommandations».

«Nous sommes plein de questions», a ajouté Jacques Barrot. «Les Américains doivent ainsi nous dire pourquoi ils ne gardent pas ces anciens détenus chez eux, s'ils sont innocents», a-t-il expliqué.

Un document d'information préparé par ses services, dont l'AFP a pris connaissance, préconise «une évaluation des risques que les anciens détenus présentent pour la sécurité, sur la base d'informations complètes fournies par les Etats-Unis».

L'administration américaine va devoir fournir des réponses à une quinzaine de questions lors de la visite de MM. Barrot et Langer.

Les Etats-Unis vont notamment devoir «expliquer comment ils sont parvenus à la conclusion que ces détenus ne sont plus dangereux» et préciser s'ils envisagent de «fournir une assistance» aux pays prêts à accueillir ces anciens détenus.

«La France est prête à prendre sa part, mais nous mettons un certain nombre de critères», a souligné à Bruxelles le ministre français de l'Intégration Eric Besson.

«Il faut que ce soient des personnes qui ne portent pas potentiellement atteinte à la sécurité publique, qu'elles soient volontaires pour venir dans notre pays, car nul ne doit se voir imposer la présence sur notre territoire, et elles doivent avoir un lien avec notre pays, qui justifie la présence en France», a-t-il expliqué.

«Il faut qu'elles aient vécu en France, ou qu'elles parlent la langue, ou qu'elles aient de la famille en France», a-t-il ajouté.

Les organisations de défense des droits de l'Homme Amnesty International et Human Rights Watch (HRW) ont appelé les pays de l'UE et le Canada à accueillir une soixantaine d'anciens détenus de Guantanamo, qui risqueraient d'être torturés en cas de renvoi dans leur pays d'origine.