Une peine de vingt ans de réclusion a été requise jeudi devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis (banlieue parisienne) contre un Pakistanais de 28 ans, jugé depuis mardi pour avoir grièvement brûlé son ex-petite amie Chahrazad en novembre 2005.

Mis à jour le 12 févr. 2009
AGENCE FRANCE-PRESSE

L'avocat général Camille Palluel a demandé à la cour de sanctionner l'«immolation» de Chahrazad Belayni d'une peine qui ne soit «pas inférieure à 20 ans». Le jeune homme a «annoncé, ruminé et préparé» son «projet de mise à mort» et d'«anéantissement» de la jeune fille, «sa proie», a-t-elle estimé dans son réquisitoire.

L'agresseur, Mushtaq Amer Butt, s'était rendu à la police en novembre 2006 au Pakistan, son pays d'origine.

Jugé pour tentative d'assassinat, il assure avoir eu l'intention première de s'immoler, un mois après avoir déjà tenté de se suicider. Il nie avoir voulu tuer celle qui lui avait demandé de «sortir de sa vie» mais qu'il voulait toujours épouser.

D'après la victime, il s'est avancé vers elle, le 13 novembre 2005, en lui disant: «je vais te tuer»; avant de se saisir du bidon d'essence, de l'enflammer et de s'enfuir. Plusieurs témoins ont fait état de menaces de mort. Un ami de l'accusé a relaté mardi l'avoir entendu dire qu'il souhaitait «la marquer».

Aujourd'hui, l'accusé «poursuit sa besogne en disant à la victime: tu mens et puis c'est ta faute aussi un peu», s'est indignée Mme Palluel en rendant hommage au «courage» et la «force de vie» de Chahrazad.

Eprouvée par le procès, qu'elle aurait voulu à huis clos, la jeune femme âgée aujourd'hui de 21 ans, a souvent quitté l'audience.

Le verdict doit l'aider «à faire disparaître ce sentiment si prégnant d'une culpabilité qui n'a pas lieu d'être», a espéré l'avocat général.

Chahrazad n'a dû son salut qu'à l'intervention d'un riverain. Hospitalisée dans un état critique, le corps brûlé à 60%, elle souffre d'importantes séquelles physiques et psychologiques. En 2006, elle a tenté de se suicider.

M. Butt, jeune homme aux traits fins, allure d'étudiant sage, explique avoir agi par désespoir amoureux: «il n'y avait qu'elle dans ma tête».

«L'amour n'a rien à voir dans tout cela», pour Mme Palluel. D'un narcissisme exacerbé, selon les experts, il l'a brûlée par «blessure d'orgueil» parce qu'elle lui «résistait», a-t-elle dit en faisant allusion aux «crimes d'honneur» commis au Pakistan.

Pour Me Samia Meghouche, l'avocate de Chahrazad, celle-ci a été punie pour avoir «voulu donner son opinion» après avoir été sous l'«emprise» de son ami, puis «persécutée».

Selon l'expert-psychologue, l'accusé a «déchargé» sa «frustration» sur «son objet d'amour» dont il n'acceptait pas d'être «dépossédé».

«Il passe à l'acte d'une façon tellement atroce qu'il ne peut accepter le reflet que le miroir lui renvoie. Mais la victime, elle, fait comment avec le reflet du miroir?», a demandé l'avocat général.

Toujours incapable de la regarder, l'accusé a imploré jeudi le pardon de Chahrazad. «Je veux pas pardonner, c'est au-dessus de moi», a-t-elle répondu en sortant en pleurs.

«J'ai rien fait de mal (...) j'ai rien demandé (..) je voudrais savoir pourquoi? Parce que j'ai pas de haine, je suis pas méchante», venait-elle de lui dire, s'entendant répondre: «je ne sais pas pourquoi».

Pour l'association Ni putes ni soumises dont la victime est devenue vice-présidente d'honneur, Chahrazad est «un symbole des violences faites aux femmes». Le verdict est attendu dans la soirée.