Tenants et opposants de l'euthanasie se déchiraient de plus belle en Italie depuis quelques jours, relativement au sort d'Eluana Englaro, qui était plongée depuis 17 ans dans un profond coma végétatif. Elle avait subi d'irrémédiables lésions cérébrales lors d'un accident de voiture survenu en 1992.

Mis à jour le 10 févr. 2009
Marc Thibodeau LA PRESSE

La mort de la femme de 38 ans a soudainement mis un terme à l'affrontement, hier, alors même que le Sénat débattait d'un décret-loi introduit en toute hâte par le gouvernement du premier ministre Silvio Berlusconi pour la maintenir en vie.

 

Le président italien Giorgio Napolitano avait refusé vendredi de donner son aval au décret, arguant qu'un sujet aussi important devait faire l'objet d'un débat parlementaire qui a finalement pris les apparences d'une course contre la montre.

L'annonce du décès de Mme Englaro a été faite en soirée en pleine Chambre haute par le ministre de la Santé italien, Maurizio Sacconi, qui a demandé une minute de silence en mémoire de la défunte.

Ses médecins traitants, agissant avec l'autorisation des plus hautes instances judiciaires du pays, avaient cessé vendredi de l'hydrater et de l'alimenter comme le demandait depuis des années sa famille. L'un des spécialistes, Carlo Alberto Defanti, avait estimé qu'elle pourrait vivre de «12 à 14 jours» dans les circonstances.

»Abominable assassinat»

Le père d'Eluana Englaro avait mené bataille devant les tribunaux du pays pour obtenir que sa fille puisse mourir, conformément aux voeux qu'elle avait exprimés en cas d'accident grave.

En novembre, la Cour de cassation lui avait donné raison, ouvrant la voie à son transfert vers une clinique du nord de l'Italie qui était disposée à encadrer sa mort malgré l'indignation du gouvernement italien, soutenu par le Vatican.

L'Église catholique avait fait du maintien en vie de cette Italienne un symbole de sa bataille contre l'euthanasie. Au cours du week-end, le «ministre de la Santé» du Vatican, Carlo Alberto Defanti, avait pourfendu la démarche des médecins traitants, l'assimilant à un «abominable assassinat».

«Je ne vois pas comment on pourrait définir autrement le fait de ne pas donner à manger à quelqu'un», a déclaré le cardinal, en relevant que la position de l'Église en faveur de «la vie» ne pouvait être altérée par une décision judiciaire.

Réagissant à la mort d'Eluana Englaro, il a dit hier espérer que le «Seigneur l'accueille et pardonne à ceux qui l'ont conduite là».

Le pape Benoît XVI lui-même était intervenu dans le débat, arguant que l'euthanasie était «une fausse solution au drame de la souffrance humaine».

Le père de la jeune femme s'était étonné, dans les derniers jours, de l'intervention du premier ministre Berlusconi, proche de l'Église, qualifiant son décret de «coup de théâtre».

«C'est très curieux que Berlusconi soit arrivé maintenant sur le devant de la scène. Quand il était premier ministre, en 2004, je lui avais écrit une lettre. Il n'avait pas répondu», a déclaré Beppino Englaro au quotidien espagnol El País.

Berlusconi contre les juges

Certains analystes ont déclaré que l'intervention du premier ministre visait en fait à affaiblir le président et les juges, avec qui le Cavaliere a souvent croisé le fer par le passé en raison de ses nébuleuses activités commerciales.

L'avis est partagé par le Parti démocrate de Walter Veltroni, qui avait appelé les Italiens à manifester en grand nombre aujourd'hui à Rome et Milan pour dénoncer la volonté du gouvernement de revoir l'équilibre constitutionnel existant. La formation de l'opposition a annoncé, hier soir, par communiqué, qu'elle annulait son appel par respect pour la famille de Mme Englaro.

Bien que la question y soit particulièrement sensible en raison de la forte influence de l'Église catholique, l'Italie est loin d'être le seul pays européen déchiré par cet enjeu.

La France, qui interdit l'euthanasie active, avait été secouée l'année dernière par le cas de Chantal Sébire, une mère de famille de 52 ans, dont le visage était horriblement déformé par une tumeur.

Elle avait réclamé en vain des tribunaux le droit de recevoir une aide pour se donner la mort avant d'être retrouvée sans vie, en mars 2008, dans sa résidence de la région de Dijon.

D'autres pays, comme la Suisse, la Belgique et les Pays-Bas, permettent l'euthanasie, en imposant de stricts protocoles d'autorisation censés éviter les dérapages.